×

Avertissement

Échec du chargement du fichier XML

mercredi, 26 février 2014 12:01

Les langues du Cameroun

C'est dans ce monde complexe (entre 250 et 300 langues) que se formèrent les principales langues véhiculaires camerounaises: le foulfouldé ou peul qui est en usage dans tout le Nord (à l'exception du Logone-et-Chari où domine l'arabe), le béti et le bassa dans le Centre-Sud, le boulou et le pidgin-english dans l'Ouest et sur le littoral (provinces francophones de l'Ouest et du Littoral comprises), chacune dépassant aujourd'hui les trois millions de locuteurs. On utilise aussi l'éwondo dans la banlieue de Yaoundé et le douala sur la côte.

Il faut apporter quelques précisions au sujet du pidgin-english. Il s'agit d'une sorte de créole comparable à ceux utilisés aux Antilles, mais il est surtout pratiqué au Cameroun dans les zones à forte diversité linguistique (pays bamiléké et Grassfields), ainsi qu'à Douala où le cosmopolitisme de la ville a imposé cette langue véhiculaire dans les transactions commerciales. On peut même affirmer que le pidgin-english demeure la langue la plus parlée dans le pays, car elle sert de langue véhiculaire dans les deux provinces anglophones et dans les provinces francophones de l'Ouest et du Littoral, contiguës aux provinces anglophones. C'est également l'idiome véhiculaire dans les grandes villes commerçantes dont évidemment Douala, mais aussi Ebolowa, Mbalmayo, Yaoundé (la capitale), Batouri, Ngaoundéré, etc. On compte au total au moins deux millions de locuteurs. Un certain nombre de Camerounais parle le pidgin-english comme langue maternelle. Le pidgin-english est grandement utilisé comme langue véhiculaire dans les deux provinces anglophones (Nord-Ouest et Sud-Ouest) du Cameroun ainsi que dans les provinces françaises limitrophes (Ouest et Littoral). On estime que 80 % des Camerounais anglophones peuvent utiliser le pidgin-english, alors que 40 % des Camerounais francophones y auraient également recours. Lorsque, par exemple, deux Camerounais ne s'expriment pas dans la même langue officielle, ils ont recours au pidgin-english. Par ailleurs, le pidgin-english parlé par les anglophones et celui parlée par les francophones ne sont pas identiques. Il existe des différences phonétiques et lexicales, ce qui complique l'intercompréhension. Selon certains, le pidgin-english parlé par les anglophones peut apparaître comme une sorte de dialecte par rapport à l'anglais (un «anglais de brousse»), car il demeure dans une continuité interlinguistique. Par contre, le pidgin-english parlé par les francophones est dans un rapport de discontinuité interlinguistique avec le français. Ce sont des pidgins relativement autonomes.

On peut mentionner également une variété de pidgin appelée camfranglais. C'est une sorte de franglais camerounais argotique tiré du français, de l'anglais, du pidgin-english et d'autres langues locales. En voici un exemple: «La big-reme va bring mon binji au school» (La grand-mère est allé prendre mon petit frère à l'école). Ce parler connaît une dispersion et une pénétration sociales importante au Cameroun, mais il demeure surtout un parler de jeunes entre amis ou familiers.

Par ailleurs, la population camerounaise est considérée comme bilingue: elle est majoritairement francophone (env. 78 % de la population), mais compte une minorité de quelque 22 % d'anglophones vivant dans la partie ouest (provinces du Nord-Ouest et du Sud-Ouest), autrefois sous administration britannique. Le Cameroun applique la formule de la division territoriale des langues coloniales. Le sud-ouest du pays (provinces du Nord-Ouest et du Sud-Ouest) constitue la portion anglophone; tout le reste, la partie dite francophone. Même si le français et l'anglais sont reconnus à égalité dans l'administration, l'éducation, le commerce et les médias, on verra que la balance est plus lourde d'un côté que de l'autre, d'autant plus que Yaoundé, la capitale politique, et Douala, la capitale économique, sont situées toutes deux dans la zone francophone. Il faut dire aussi que le régime francophile en place depuis l'Indépendance a toujours favorisé les francophones aux dépens des anglophones. D'ailleurs, la progression rapide du français, particulièrement dan les provinces anglophones, fait de cette langue l'idiome le plus diffusé et le facteur d'unification primordial du pays.

Dans les faits, le français parlé par les Camerounais est grandement influencé par des emprunts aux langues locales comme le béti, le douala, mais aussi par l'anglais et le pidgin-english. De plus, les Camerounais ont créé de nombreux néologismes français propres au Cameroun: accélérateur («aphrodisiaque»), adversaire («maîtresse»), balafong («xylophone»), bordelle («putain»), bourrer («mentir»), cadeauter («offrir un cadeau»), enceinter («rendre enceinte»), grever («faire la grève»), ivoirien («personne qui n'y voit rien»), joueur («personne qui joue le rôle principal dans un film»), main de banane («portion de banane»), nordiste (habitant le Nord»), palabrer («se plaindre»), planton («garçon de bureau»), promotionnaire («camarade de promotion»), radio-trottoir («rumeur publique»), sucrerie (boisson sucrée»), taxi-man («chauffeur de taxi»), washman («blanchisseur»), etc.

La situation linguistique présente
Les langues maternelles, jadis dites vernaculaires et maintenant qualifiées de nationales, sont les langues premières de chaque ethnies : peu s'écrivent, aucune n'est véritablement enseignée et beaucoup sont encore très mal répertoriées.
Les langues vernaculaires se sont spontanément diffusées comme moyen de communication entre ethnies divers d'une même région :

L'arabe
Dans le Logone-et-Chari, lien culturel entre les citadins kotoko et les éleveurs choa ;

Le Mandara
Permettant l'intercompréhension entre les petites ethnies montagnardes du nord du massif du même nom ;

Le foulfouldé
Répandu dans toute la zone peuplée, parcourue et, naguère dominée par les foulbés, et depuis la colonisation, propagé comme langue administrative dans tout le nord ;

Le pidgin
Anglais simplifié et africanisé, implanté sur la côte avant l'arrivée même des Allemands, puis propagé par eux et par les missionnaires chrétiens dans tout l'ouest, bien au delà de l'ancienne zone britannique : il a servi même de lien entre les groupes bamiléké aux parlers très différents ;

Le bassa et l'éwondo
Dans le Centre et le Sud, ce dernier bénéficiant d'une intercompréhension aisée au sein du groupe béti-boulou-fang.Les langues officielles sont l'héritage des derniers régimes coloniaux : anglais à l'ouest, français à l'est. Le Cameroun seul Etat bilingue de ce type en Afrique, fait ainsi charnière entre les deux grands ensembles francophone et anglophone. Il est passé d'un bilinguisme par juxtaposition de deux Etats fédérés unilingues (République Fédérale, 1960-1972) à un bilinguisme généralisé (République unie).

Publié dans Les langues
mardi, 25 février 2014 00:00

Le peuple Foulbé

Les Foulbé seraient originaires de la région sénégalo-mauritanienne, en Afrique de l'Ouest. Ils ont amené avec eux au Cameroun la foi musulmane. On les trouve non seulement dans ce pays, mais également au Sénégal, au Mali, en Mauritanie, en Guinée, en Sierra Leone, au Burkina-Faso, au Niger, au Nigéria, au Tchad et au Soudan.

Les Foulbé vivent principalement dans la partie septentrionale du Cameroun. Ils seraient partis du Nigéria, entrant dans le pays en plusieurs vagues. C'est au 15è siècle que la première vague, des éleveurs nomades, arrive au Nord Cameroun et s'y installe. L'immigration des Foulbé s'est faite de manière lente et par plusieurs voies. Les premiers immigrants, qui n'étaient que partiellement islamisés, se sont mêlés aux autochtones et Se sont mariés avec eux.

La vague suivante d'immigrants Foulbé, déc1enchée par la révolte de Othman dan Fodio dans le nord du Nigéria au 18è siècle, allait considérablement changer le cours des événements et l'organisation sociale du Nord Cameroun. Modibo Adama, le frère cadet et lieutenant de l'armée de Othman dan Fodio, mena le "Jihad" (guerre sainte) dans les régions septentrionales du Nigéria et du Cameroun, en passant par Yola. Il bâtit un empire apellé Adamaoua (ou émirat) et devint l'émir, le chef-lieu étant Yola. Les subdivisions de cet émirat étaient Yola, Maroua, Garoua, et Ngaoundéré. L'actuelle région de l'Adamaoua doit son nom à son premier émir Adama. Ainsi donc, c'est ce mouvement socio-religieux qui sera à l'origine de la domination des premiers habitants du Nord Cameroun, et même de l'émigration vers le sud des populations qui résistaient à l'influence des Foulbé.

Au milieu du 19è siècle, l'hégémonie foulbé était déjà établie dans tout le nord du Cameroun, et chaque groupe ethnique placé sous l'autorité d'un « lamido ». Seuls faisaient exception les Kotokos, les communautés Mandara et les Arabes Choa qui occupaient certaines parties de la vallée du Logone.

Au cours de la première moitié du 20è siècle, une autre vague de Foulbé arrive et s'installe dans les Hautes Terres du Nord-Ouest. Ils sont communément appelés Foulani (qui signifie peul en haoussa). Le Foulani type est grand et mince, avec une petite face, un teint clair et des cheveux frisés. On distingue deux types de Foulani:

  1. le Foulani urbanise (ou sédentaire)
  2. le Foulani éleveur (ou nomade ou mbororo).

Bien que l'on considère les Foulani comme un peuple nomade, ils ne mènent pas tous ce mode de vie. Les Foulani sédentaire ont perdu la plus grande partie de leurs troupeaux et ayant contracté des mariages avec les autres groupes, ils mènent une vie sédentaire. Du fait donc des rapports étroits qu'ils ont avec les autres groupes ethniques, ils ont acquis une culture mixte. Ces Foulani reçoivent une meilleure éducation et sont plus affectés par le mode de vie moderne. On les trouve surtout dans les villes situées dans le Diamaré, la Bénoué et l'Adamaoua. Seul un pourcentage relativement faible de Foulani s'occupe encore du bétail et pratique le nomadisme. Ce sont des éleveurs ou "Mbororo". Ceux-ci présentent des caractéristiques intéressantes. Ils sont peu disposés à abandonner leurs traditions séculaires. Ils se montrent pratiquement distants et sont fiers de leurs coutumes et traits raciaux. Ils ont préservé leur pureté raciale et linguistique en évitant de contracter des mariages avec les autres groupes ethniques. Cette deuxième catégorie de Foulani s'occupe peu de la religion et n'a aucun intérêt pour la politique. Ils n'ont d'yeux que pour leurs bétailles (bœufs, moutons et chèvres). Ils vont librement d'un pâturage à un autre, payant un tribut aux souverains ou une taxe de pâturage aux chefs dont ils utilisent les pâtures, mais ne devant obéissance à personne. Du point de vue numérique, les Foulani nomades sont peu nombreux. Cependant, ils vivent dispersés; on les trouve surtout entre le Diamaré et les hautes terres de l'Ouest et de Bamenda. Ils sont grands et maigres. Avec leur teint clair et un nez long et mince, ils ressemblent plutôt aux Arabes. De plus, avec leur marche lente, faite de grands pas, ils parcourent plus ou moins rapidement de grandes distances ct ne semblent jamais se fatiguer.

Publié dans Population
mardi, 25 février 2014 00:00

Othman dan Fodio

Othman dan Fodio, encore appelé Shehou (chef) par ses disciples, était de par sa naissance, son éducation et son tempérament, la personnification même du maître et du philosophe musulman. Il est né dans le royaume de Gobir en 1754, et a reçu de divers érudits une éducation complète. Il a également acquis une bonne connaissance du Coran et une maîtrise du droit Islamique (Sharia), de la rhétorique et de l'histoire classique de l'Islam. C'était donc un musulman pratiquant à tous points de vue.

À vingt ans, Othman commence à enseigner à Degel, son village dans le royaume de Gobir et entame peu après des voyages au cours desquels il prêche intensément sur la nécessité de mettre fin aux pratiques païennes et à la mauvaise administration impunie, toutes choses devenues flagrantes dans la région Haoussa du Gobir. Othman préconisait la théocratie; il a attiré des disciples qui, au bout de dix ans (1800-1810), ont soumis une grande partie des régions nord du Nigéria et du Cameroun; il a enfin créé l'empire Sokoto qui s'étendait du Niger au Logone et des frontières du Sahara à la source de la Sanaga. Le nom de cet empire a été formé à partir de celui de sa capitale, et l'empire proprement dit était divisé en plusieurs provinces à la tête desquels se trouvait un émir.

Publié dans Population