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mardi, 25 février 2014 00:00

Le peuple Foulbé

Les Foulbé seraient originaires de la région sénégalo-mauritanienne, en Afrique de l'Ouest. Ils ont amené avec eux au Cameroun la foi musulmane. On les trouve non seulement dans ce pays, mais également au Sénégal, au Mali, en Mauritanie, en Guinée, en Sierra Leone, au Burkina-Faso, au Niger, au Nigéria, au Tchad et au Soudan.

Les Foulbé vivent principalement dans la partie septentrionale du Cameroun. Ils seraient partis du Nigéria, entrant dans le pays en plusieurs vagues. C'est au 15è siècle que la première vague, des éleveurs nomades, arrive au Nord Cameroun et s'y installe. L'immigration des Foulbé s'est faite de manière lente et par plusieurs voies. Les premiers immigrants, qui n'étaient que partiellement islamisés, se sont mêlés aux autochtones et Se sont mariés avec eux.

La vague suivante d'immigrants Foulbé, déc1enchée par la révolte de Othman dan Fodio dans le nord du Nigéria au 18è siècle, allait considérablement changer le cours des événements et l'organisation sociale du Nord Cameroun. Modibo Adama, le frère cadet et lieutenant de l'armée de Othman dan Fodio, mena le "Jihad" (guerre sainte) dans les régions septentrionales du Nigéria et du Cameroun, en passant par Yola. Il bâtit un empire apellé Adamaoua (ou émirat) et devint l'émir, le chef-lieu étant Yola. Les subdivisions de cet émirat étaient Yola, Maroua, Garoua, et Ngaoundéré. L'actuelle région de l'Adamaoua doit son nom à son premier émir Adama. Ainsi donc, c'est ce mouvement socio-religieux qui sera à l'origine de la domination des premiers habitants du Nord Cameroun, et même de l'émigration vers le sud des populations qui résistaient à l'influence des Foulbé.

Au milieu du 19è siècle, l'hégémonie foulbé était déjà établie dans tout le nord du Cameroun, et chaque groupe ethnique placé sous l'autorité d'un « lamido ». Seuls faisaient exception les Kotokos, les communautés Mandara et les Arabes Choa qui occupaient certaines parties de la vallée du Logone.

Au cours de la première moitié du 20è siècle, une autre vague de Foulbé arrive et s'installe dans les Hautes Terres du Nord-Ouest. Ils sont communément appelés Foulani (qui signifie peul en haoussa). Le Foulani type est grand et mince, avec une petite face, un teint clair et des cheveux frisés. On distingue deux types de Foulani:

  1. le Foulani urbanise (ou sédentaire)
  2. le Foulani éleveur (ou nomade ou mbororo).

Bien que l'on considère les Foulani comme un peuple nomade, ils ne mènent pas tous ce mode de vie. Les Foulani sédentaire ont perdu la plus grande partie de leurs troupeaux et ayant contracté des mariages avec les autres groupes, ils mènent une vie sédentaire. Du fait donc des rapports étroits qu'ils ont avec les autres groupes ethniques, ils ont acquis une culture mixte. Ces Foulani reçoivent une meilleure éducation et sont plus affectés par le mode de vie moderne. On les trouve surtout dans les villes situées dans le Diamaré, la Bénoué et l'Adamaoua. Seul un pourcentage relativement faible de Foulani s'occupe encore du bétail et pratique le nomadisme. Ce sont des éleveurs ou "Mbororo". Ceux-ci présentent des caractéristiques intéressantes. Ils sont peu disposés à abandonner leurs traditions séculaires. Ils se montrent pratiquement distants et sont fiers de leurs coutumes et traits raciaux. Ils ont préservé leur pureté raciale et linguistique en évitant de contracter des mariages avec les autres groupes ethniques. Cette deuxième catégorie de Foulani s'occupe peu de la religion et n'a aucun intérêt pour la politique. Ils n'ont d'yeux que pour leurs bétailles (bœufs, moutons et chèvres). Ils vont librement d'un pâturage à un autre, payant un tribut aux souverains ou une taxe de pâturage aux chefs dont ils utilisent les pâtures, mais ne devant obéissance à personne. Du point de vue numérique, les Foulani nomades sont peu nombreux. Cependant, ils vivent dispersés; on les trouve surtout entre le Diamaré et les hautes terres de l'Ouest et de Bamenda. Ils sont grands et maigres. Avec leur teint clair et un nez long et mince, ils ressemblent plutôt aux Arabes. De plus, avec leur marche lente, faite de grands pas, ils parcourent plus ou moins rapidement de grandes distances ct ne semblent jamais se fatiguer.

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mardi, 25 février 2014 00:00

Othman dan Fodio

Othman dan Fodio, encore appelé Shehou (chef) par ses disciples, était de par sa naissance, son éducation et son tempérament, la personnification même du maître et du philosophe musulman. Il est né dans le royaume de Gobir en 1754, et a reçu de divers érudits une éducation complète. Il a également acquis une bonne connaissance du Coran et une maîtrise du droit Islamique (Sharia), de la rhétorique et de l'histoire classique de l'Islam. C'était donc un musulman pratiquant à tous points de vue.

À vingt ans, Othman commence à enseigner à Degel, son village dans le royaume de Gobir et entame peu après des voyages au cours desquels il prêche intensément sur la nécessité de mettre fin aux pratiques païennes et à la mauvaise administration impunie, toutes choses devenues flagrantes dans la région Haoussa du Gobir. Othman préconisait la théocratie; il a attiré des disciples qui, au bout de dix ans (1800-1810), ont soumis une grande partie des régions nord du Nigéria et du Cameroun; il a enfin créé l'empire Sokoto qui s'étendait du Niger au Logone et des frontières du Sahara à la source de la Sanaga. Le nom de cet empire a été formé à partir de celui de sa capitale, et l'empire proprement dit était divisé en plusieurs provinces à la tête desquels se trouvait un émir.

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mardi, 25 février 2014 14:40

Le mode de vie des Foulbé

Les Foulani nomades pratiquent le nomadisme saisonnier, selon l'état des pâturages. On distingue deux genres de Foulani nomades. Il y a d'abord ceux qui n'ont aucun centre ou ils peuvent retourner et qui sont par conséquent en perpétuel mouvement, érigeant de grands campements pour les diverses périodes et saisons de l'année. Il y a ensuite ceux qui disposent d'un centre ou les personnes âgées et ]e reste de ]a famille demeurent, et ou les bergers (gainako) retournent de temps à autre. On donne à ces bases permanentes le nom de "ruga". Les femmes qui transportent du lait dans de grandes calebasses pour le vendre dans les villes ou les villages viennent de ces centres. La plupart des "Ardos" (chefs Foulani) établissent des centres permanents.

Pour ceux qui pratiquent un nomadisme poussé, leurs habitations sont habituellement temporaires. Ce sont des cases en forme de dôme construites à l'aide de poteaux et de branches qu'on enfonce dans le sol et qu'on plie vers l'intérieur pour les réunir au sommet. Les branches sont ensuite liées ensemble et recouvertes d'herbes.

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mardi, 21 janvier 2014 13:21

Les pygmées Baka du Grand Djoum

Les Pygmées Baka du Grand Djoum au Sud du Cameroun se retrouvent dans les arrondissements de Djoum, Mintom et Oveng. Ils sont estimés à environ 4 000 âmes. Lancés dans un processus de sédentarisation, ils sont amenés aujourd'hui à s'ouvrir au monde extérieur.

Ce contact les contraint à une évolution qui nécessite une véritable mutation, car il faut se situer, s'adapter à un environnement qui leur est encore hostile. Les Pygmées Baka du Grand Djoum se caractérisent par :

  • La forêt au cœur de leur existence ;
  • La forêt, leur mère-nourricière et pharmaceutique ;
  • un système de pensée liée à La forêt ;
  • La forêt Lieu de leur vie culturelle ;
  • La forêt fondement de leur pensée socio économique et de la datation des événements ;
  • leur incapacité à s'adapter à L'économie de marché ;
  • la sédentarisation qui les expose à une extrême exploitation par les voisins Bantous (duperie dans les relations commerciales, contrat peu profitable dans les relations de travail, marginalisation) ;
  • la sédentarisation qui a une forte influence sur l'équilibre nutritionnel et sur l'hygiène et la santé ;
  • les conflits incessants avec les voisins Bantous quant à la propriété foncière ;
  • une économie de non accumulation ;
  • la tendance à la satisfaction des besoins viscéraux ;
  • l'insuffisance des ressources financières ;
  • la gestion irrationnelle des quelques moyens financiers qu'ils disposent.

Population Baka

Depuis un peu plus d'une décennie, les Baka sont au centre d'actions et de projets visant à les intégrer dans les communautés villageoises et nationales. Mais les résultats obtenus jusque là amènent à s'interroger sur la rentabilité même du processus d'intégration. Les pratiques de dénégation de toute valeur intrinsèque aux Baka continuent à être perpétrées. L'enjeu et le défi demeurent la sauvegarde de leur identité culturelle d'une part, et la nécessaire intégration dans le processus de développement avec toutes les difficultés que connaissent les populations d'autre part. Ce qui les place dans une situation de doute permanent quant à leur insertion future.

Publié dans Le peulement
mardi, 21 janvier 2014 13:09

Le peuple Goudé

Le pays Goudé situé à l'extrême sud du département du Margui-Wandala (arrondissement de Mokolo) se prolonge également sur l'arrondissement de Guider et le Cameroun ex-britannique.

Il groupe sur le territoire du Cameroun une population d'environ 30 000 personnes.

Contrairement à certains groupes de montagnards voisins (Kapsiki, Mafa) qui seraient originaires de massifs situés à l'est de leur habitat actuel, Les Goudé seraient originaires de la province islamisée du Bornou (située plus au nord, au voisinage du Lac Tchad) d'où leurs ascendants seraient venus il y a trois siècles environ.

Ils se fixèrent d'abord dans la région de Kifba (Nigéria) avant de s'installer sur leur habitat actuel dont les principaux centres sont, au Cameroun, Boukoula et Tchévi,
Les quelques indications que nous avons recueillies sur place nous permettent de penser que Les Goudé, ont jadis vécu au contact direct des sociétés musulmanes du Bornou.

Ils ont hérité, de la sorte, de certaines pratiques extérieures du monde islamisé, auquel toutefois ils ne se sont toujours pas intégrés. Ce sont donc des « païens » d'un genre particulier.

Les Goudé se distinguent eux-mêmes en deux groupes : les Tchédé (Soulé, Ounfélina, seraient aussi usités) implantés sur les massifs de l'Est, et les Motchékina (que les Tchédé nomment Moudina) vivant sur les plateaux de l'ouest.

La différence entre ces deux groupements est suffisamment importante pour que l'on soit en droit de se demander où remonte leur commune origine. Elle ne doit sans doute pas dépasser le Cameroun ex-britannique où se trouve Dirbissi, village Goudé d'où les Tchédé se disent originaires.

Les Tchédé se distinguent eux-mêmes des Téléki qui ont eu de nombreux rapports avec l'ethnie voisine des Daba.

Le vocable de Goudé désigne l'ensemble des populations Motchékina, Tchédé et Téléki terme du reste employé depuis suffisamment de temps par les intéressés eux-mêmes.

Les Goudé sont donc des « païens » dont certains (Motchékina) sont certainement originaires du monde islamisé (dissidents, serviteur, captifs, ou simples voisins).

Comme les autres « païens » de ces montagnes, ils sont essentiellement agriculteurs (mil, arachide), consultent les féticheurs, tiennent le « Forgeron » à l'écart et ne s'allient pas avec lui. Comme les autres « païens » ils ont leurs « maîtres de la pluie » qui s'habillent en noir (ou bleu foncé) lors des invocations sur une pierre également noire nommée « fara ».

Comme les autres « païens » ils vont périodiquement faire des libations auprès de certains arbres pour glorifier les mânes de leurs ancêtres (principales fêtes : Ouaguirotia annuelle et Ouanna tous les trois ans). Comme d'autres groupes « païens » agriculteurs enfin, ils prêtent serment sur le mil germé en demandant à Dieu de les exterminer s'ils venaient à mentir.

Par contre Les Goudé se distinguent de leurs proches voisins par l'extrême développement du tissage du coton ; dans de nombreux sarés on trouve un métier à tisser qui permet la confection de bandes de coton larges de trois à quatre centimètres.

Contrairement aux autres « païens » qui étaient pratiquement nus il y a peu de temps encore (1960), certains d'entre-eux (Motchékind) sont vêtus d'amples robes semblables aux boubous Foulbé, vêtement qu'ils paraissent connaître depuis longtemps.

Autre différence, les garçons sont circoncis entre l'âge de 10 et 15 ans. A cet effet le père de l'enfant recourt aux offices du « Forgeron » qui est le seul à pouvoir pratiquer cette ablation.

Contrairement encore aux autres « païen » de cette région, les descendants de chefs coiffent le sommet de leur case d'une pièce de terre cuite, de forme conique, dont la base est ornée d'une frise circulaire de personnages et d'animaux (homme à cheval, homme soufflant dans une trompe, captif lié, animal ressemblant au pangolin...). Autre caractéristiques, la danses goudé et les coiffes particulières qui les accompagnent : plume d'autruche qui accentue tous les mouvements de la tête (parfois même des barbes blanches postiches), bref autant d'attributs absolument étrangers aux civilisations de montagne.

Ces principales caractéristiques indiqueraient à l'ethnologue que cette ethnie, contrairement à ses proches voisins mafa et mofou, ne peut être rattachée à la civilisation paléonigritique.

La démographie fera ressortir une semblable différenciation : une ethnie où les femmes ne mettent en moyenne que quatre enfants au monde (contre six à huit chez leurs voisins), où la stérilité est deux fois plus élevée, où la mortalité infantile est plus modérée, où les « moins de 15 ans » ne constituent qu'un petit tiers de La population, où l'amplitude des espérances de vie entre 1 an et 5 ans est plus faible que dans le voisinage, où enfin la décroissance paraît remonter à quelque temps déjà, une telle ethnie ne saurait être assimilée à celles sortant à peine du cycle démographique primaire.

Certaines pratiques d'inspiration islamique, greffées sur une tradition païenne ancestrale, ont pu avoir une influence sur l'évolution démographique de ce groupe. Dans ce sens Les Goudé, bien que peu importants au point de vue numérique, donnent peut être une image de ce que pourraient devenir des populations païennes qui, sous leur propre pression démographique, seraient amenées dans l'avenir à côtoyer plus intimement la civilisation de l'Islam Noir.

Publié dans Le peulement
mardi, 21 janvier 2014 13:01

Le peuple Fali

Les Fali (Mongo-Dari et Ngobri) représentent une ethnie d'environ 42 000 personnes établies principalement dans les massifs situés sur l'axe SSO-NNE, Garoua-pays Daba.

Très étudiés, par rapport aux autres Ethnies établies au nord de la Bénoué, en raison de certaines de leurs caractéristiques ethnologiques (1) - et de la proximité de certains d'entre-eux de Garoua-Ville ils ont généralement été répartis par les auteurs en quatre groupes distincts : Tinguelin (env. 4 300), Kangou (env. 5 900), Peské Bori (env. 8 300), et massif dit de « Bossoum » (accolé au massif Daba de Popologozom, env. 10 000)

A cette numération il convient d'ajouter ceux établis en plaine au nord et au sud de Dourbey et Mayo Oulou (env. 5 000), ceux établis entre le Peské Bori et le Kangou dans le canton de Dembo (env. 2 000), ceux établis à l'Ouest du Kangou (cantons de Baschéo et de Demsa, env. 2 500), plus de petits groupes épars dénombrés dans les cantons avoisinants (Golombé, Libé, Bé, Garoua, env. 4 000).

Ces chiffres sont ceux relevés par l'administration en 1958-1959 ; à leur sujet il est à signaler qu'ils semblaient, en 1960, inférieurs de 15 à 20 pour cent à la réalité dans le Peské Bori, le sondage ayant relevé 20 pour cent de personnes de plus que la base de sondage administrative n'en indiquait. Rappelons que ce phénomène a été général pour tout le Nord-Cameroun, et plus particulièrement dans Les Régions retirées.

Le centre de gravité de cette population paraît se situer dans le Peské Bori. La densité de La population fali « montagnarde » (environ les 3/4), assez faible dans le Tinguelin (inférieure à 20 hab. au km²), varie de 35 à 50 hab. au km² dans les trois autres groupements.

Ce groupe se distingue nettement des principales populations « païennes » de montagne que nous avons rencontrées, en ce sens que la plupart de ses membres paraissent avoir perdu, depuis longtemps, les pratiques et les vertus que l'on rencontrent auprès des représentants de la civilisation de l'ancienne Afrique (Mafa, Mofou, Daba).

C'est ainsi, principalement, que le Forgeron n'occupe plus chez Les Fali le rôle essentiel qui est encore demeuré le sien auprès des groupes qui ont maintenu l'intégralité de leur tradition.

Ce n'est généralement plus lui qui s'occupe des enterrements, et il semble pouvoir maintenant s'allier (se marier) avec les « non-Forgerons », contrairement au groupe endogame que constitue les « Forgerons » traditionnels par ailleurs. Il n'est plus, par voie de conséquence, le personnage occulte et redouté au point que l'on ne puisse manger dans le même plat que lui.

De même les femmes de « Forgerons » n'ont plus l'exclusivité de la fabrication des poteries, qui peuvent être façonnées par tous. S'il a, sans doute, conservé des activités divinatoires et para-médicinales, sa femme par contre n'intervient plus automatiquement pour aider à la délivrance lors d'un accouchement. Bref il est devenu un artisan du fer tout simplement.

Cette évolution peut s'observer chez Les Guiziga descendus en plaine dans le sud du Diamaré, qui commencent à suivre le même cheminement avec également l'adoption de la circoncision sans qu'il y ait pour autant islamisation.

Mais d'autres indications montrent également que Les Fali semblent avoir beaucoup perdu de leurs vertus ancestrales, et tranchent avec les autres groupes « païens » de montagne. Le nombre d'enfants mis au monde est le plus modéré qui se puisse rencontrer auprès des populations « païennes » du Nord- Cameroun. La réputation des femmes est d'être extrêmement volages et coquettes.

On relève aussi la pauvreté en instruments de musique pour une population «païenne » de montagne. Mais la dot est demeurée au niveau modeste des groupes de montagne, bien qu'environ la moitié de sa valeur actuelle soit versée en numéraire, comme chez les islamisés.

Groupe « païens » composite, ayant coupé ses amarres ancestrales et qui semble aller vers un port étranger (islamisation, urbanisation) avec des effectifs de moins en moins nombreux.

Publié dans Le peulement
mardi, 21 janvier 2014 12:54

Structures sociales chez les Kapsiki

La société kapsiki paraît être une société de castes ou de corporations. La caste des Ka Mazé est celle des chefs coutumiers. Tout chef de village est issu d'elle mais si des circonstances particulières l'amenaient à s'exiler, il ne saurait toutefois régner sur une autre village que le sien. La fonction est héréditaire et est dévolue à l'un des enfants du chef (pas obligatoirement l'aîné) qui sera choisi par un groupe approprié, celui des Ka Ma Kuyé, groupe qui comprend les personnes (notables) qui ont pour seule fonction de désigner le chef s'il y a plusieurs enfants mâles pouvant prétendre à ce titre.

  • les Ka Gna Tché groupent les personnes qui avaient le droit de s'occuper de la construction ; ce sont eux qui, s'il y a une migration désigneront le nouvel emplacement du village et y détermineront les endroits où seront édifiés les différents « sarés » ; ils pourront être aidés par d'autres bras dans leur tâche de constructeurs, mais conserveront toujours l'initiative des opérations.
  • les Ka Djoé ou Ka MAkwa Djoé sont les seules personnes qui sont habilitées à s'occuper des animaux (tous les animaux) ; c'est ce groupe qui désignera l'un de ses membres comme maître des panthères, maître de La chasse, maître de La pêche ; c'est également un Ka Djoé qui aura le rôle de boucher, qui laissera à ses enfants la conduite des bovins que d'autres lui auront confiés (moyennant rémunération et versement au Ka Djoé de la taxe de pacage);
  • les Ka Ma Kouté groupent tous ceux qui ont la direction de la terre (ce sont les Maîtres de la terre) ; ils désigneront les emplacements propres à la culture et les cultures à pratiquer, ils détermineront la date des semis (date très difficile à fixer dans ces régions où les premières pluies peuvent être suivies de nouvelles sécheresses, anéantissant les premières pousses et retardant la date des récoltes), et celle des moissons.
  • les Ka Mava sont ceux qui ont été esclaves (captifs ou serviteurs)
  • du groupe des Ka Mazé Va sont issus les Maîtres de la pluie;
  • à la caste des Ka Ré appartiennent les Forgerons, qui auront pour seuls attributs de forger le fer (ou le cuivre, qui du reste ne se forge pas mais se coule), et de s'occuper des sépultures (transport du défunt, préparation de la tombe, mise en terre, etc.; ils sont exempts de tout travail agricole individuel ou collectif, de toute corvée pour l'entretien des routes ; il n'est pas permis à des « non-Ka Ré » d'épouser leurs filles.
  • de la caste des Ka Mata sont issus les « sorciers » et « sorcières », qui conviennent si bien à ce paysage ; elle « consacre » des unions dans certains Lieux appropriés (par exemple dans la grotte surélevée se trouvant à l'Est de la route Mokolo-Mogodé, à un kilomètre environ avant Mogodé).

Ayant aujourd'hui la possibilité, de temps à autre, de se trouver au contact d'un monde extérieur différent, les structures sociales subjuguées s'affaiblissent ; mais elles ne s'effaceront définitivement toutefois, que lorsque le Kapsiki, (et beaucoup d'autres) sentira qu'elles peuvent effectivement être remplacées par d'autres valeurs, plus vastes mais aussi fermes, temporelles (autorité et activité des institutions légales), et spirituelles.

Publié dans Le peulement
mardi, 21 janvier 2014 12:52

Le peuple Kapsiki

Venus de l'Est il y a trois siècles, Les Kapsiki (ou Margui) comme Les Mafa et les Bana (voisins méridionaux) auraient une origine mofou commune. Avec les Higui, ils s'établirent initialement sur un territoire situé à l'Ouest de l'actuel pays Kapsiki,avant de se rabattre à nouveau vers l'Est, sous la pression de migrations venues du Bornou, pour s'installer sur les plateaux et massifs qu'ils occupent actuellement.

Le contact plus ou moins prolongé avec les populations descendues du Bornou a certainement profondément transformé Les Kapsiki, qui de nos jours ne présentent que peu de rapports avec les « paléonigritiques » (Mafa, Mofou).

Le tracé de la frontière sépara artificiellement les tribus higui et kapsiki (se nommant elles-mêmes « Margui » qui continuent néanmoins dans la vie quotidienne à ne former qu'un bloc.

Ainsi contrairement aux Mafa enfermés sur leurs massifs, Les Kapsiki bénéficient d'un débouché naturel à l'ouest de la frontière (comme Les Goudé).

De taille moyenne, fortement musclés, Les Kapsiki portaient jusque vers 1962 une peau de chèvre tannée autour des reins, alors que leurs compagnes, parées du cache-sexe ouvragé local (en cuivre), voilaient également leur nudité d'une touffe de feuilles se balançant sur le bas du dos.

Cette population a su donner à ses villages un caractère typique où les enceintes d'euphorbes rivalisent de pittoresque avec le site grandiose qui les environne.

A mille mètres d'altitude, généralement situé à une certaine distance de la grande voie de communication Mokolo-Garoua, et auprès d'un point d'eau rarement à sec, Le village kapsiki se blottit de préférence dans le creux de certains vallonnements ou à la base des massifs.

Il est aéré, étendu, agrémenté d'arbres, donnant presque, avec ses grandes aires où l'on bat le mil, ses allées d'euphorbes et ses cimetières extérieurs (Les Mafa et les Mofou n'en possèdent pas), une impression d'urbanisme.

Rarement visités par l'étranger (à l'exception du village de Rhumsiki situé au bord de la piste), Les Kapsiki, bien que très indépendants, font néanmoins bon accueil au voyageur, en lui prodiguant des saluts amicaux ou en lui offrant quelques poignées d'arachides pour la route.

Dans de nombreux villages, le Forgeron sait travailler utilement le fer et joliment le cuivre (en fer : outils et armes ; en cuivre : pipes, cache-sexe, tabatières, couteaux de jet, etc.), et si le hasard de l'itinéraire vous fait croiser quelques musiciens (portant violons, banjo ou guitare), ainsi qu'un petit troupeau de bovidés sans bosse (race locale), vous aurez réellement l'impression d'une civilisation qui se suffit à elle-même.

Au début de la saison des pluies le Kapsiki va, de grand matin, ensemencer les quelques trois hectares qui assurent la subsistance de sa famille (mil, arachide). Sa femme, le dernier-né enserré sur le dos, le rejoint dans la matinée. Elle emporte avec elle le repas de la journée (boule de mil ou de maïs agrémentée d'une sauce), ainsi que sa volaille qu'elle protège des rapaces au moyen d'un panier en forme de cloche.

A la belle saison, on place sur la fourche d'un arbre une jarre de terre cuite, où un essaim d'abeilles élaborera peut-être le miel très apprécié.

Plus près du « saré », on fait également pousser en quantités importantes le piment rouge et l'ail, que l'on troquera ensuite sur les marchés environnants et en particulier à Mubi (Cameroun ex-britannique).

Durant la croissance du mil on demande au Forgeron de s'abstenir, certains jours, de toute activité artisanale, car « comme rien ne se perd et rien ne se crée », on craint que la force nécessaire au travail de La forge soit déduite des forces naturelles qui formeront l'épi.

Sur ces hauts plateaux on trouve encore, durant la saison sèche, des points d'eau pour les bovins du cheptel kapsiki, et l'on vit en bon voisinage avec les Foulbé du Mayo Louti et même du Diamaré qui cherchent également en cette saison des pâturages pour leurs troupeaux.

Par contre, les rapports sont plus tendus avec les Kortchi (Les Margui de l'Est) que l'on a délogés, il y a quelques générations, des massifs de Kila-Gova-Roufta, et qui sont alors partis s'établir au Nord-Est du pays kapsiki.

On craint le froid qui fait tant de ravages surtout en janvier et février, ainsi que les épidémies de méningite.

Un peu moins important que les « sarés » Mafa ou Mofou, le « saré » kapsiki ne comprendra que cinq personnes en moyenne: le chef de « saré », sa ou ses épouses selon son rang social, un ou deux enfants survivants non mariés, un parent ou allié, rarement un serviteur, mais assez souvent un visiteur car on se déplace volontiers en pays kapsiki.

L'alimentation est dans l'ensemble moins bonne qu'en pays mafa, et l'état de santé des jeunes en pâtit terriblement.

Ainsi sous le couvert d'un paysage grandiose qui évoque le « grand large » et de villages accueillants nous découvrons une vie sociale plus âpre et plus structurée où l'autorité coutumière suprême s'arrête de fait à l'échelon du village

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