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Le peuple Mandara

Les Mandara représentent une ethnie d'environ 17 000 personnes établies surtout dans l'Arrondissement de Mora et celui de Mokolo (canton de Mozogo), mais dont plus d'un millier séjournent également à Maroua-Ville.

Situé aux confins de la cuvette tchadienne, le terroir des Mandara offre (grossièrement) la forme d'un croissant de plaine qui enserre les massifs de Mora. Sur ces massifs vivent, cloisonnés, différents groupes de « païens » que les administrations successives cherchent, avec plus ou moins de succès, à faire descendre en plaine depuis une trentaine d'années. Vers 1820 le Major DENHAM décrivait ces massifs et leurs pourtours comme une vaste réserve d'esclaves où de temps à autre les « Sultans  allaient faire quelques prises ; mais ils pouvaient également présenter un refuge soit pour certains descendants de sultans tyranniques, soit pour ceux qui se refusaient à la foi nouvelle de l'Islam.

Sur les abords du terroir Mandara les principaux voisins sont : au Nord les Arabes Choa (surtout dans les cantons de Kolofata, Limani et Boundéri) et les Bornouans (cantons de Kolofata, Limani, Boulamadéri et Magdémé) ; les Foulbé du Diamaré à l'extrémité orientale ; et les « païens » Mafa ou Matakam à l'extrémité occidentale.

Après la destruction de Doulo (fin du XXIe) Mora est devenu le centre principal (et également le centre géométrique) de cette ethnie qui, si elle s'urbanise volontiers, est demeurée néanmoins essentiellement agricole.

Le village Mandara, comme le village peul, mérite le nom de village car les habitations y sont groupées en quelque lieu propice, contrairement aux villages « païens » dont les cases souvent dissimulées à travers la brousse ne forment nul agglomérat de population.

Entouré d'un clôture de tiges de mil, de seccos ou de terre, le saré Mandara comprendra, en général, 4 ou 5 personnes seulement ; le chef de famille, sa femme (75 % des Mandara sont monogames, mais l'épouse a généralement déjà été mariée 2 ou 3 fois), un ou deux jeunes enfants, parfois la mère demeurée veuve ou un jeune frère, et de temps à autre un « aide agricole provisoire » d'un groupe païen avoisinant.

II y a lieu de faire ici différentes remarques au sujet de cet « aide agricole » éventuel. Ce « païen » ne semble pas être uniquement un salarié anonyme, auquel on paie son dû une fois la besogne faite. Ce « païen » est accueilli dans la famille qui l'emploie ; il y tient certes la place la plus modeste, mais il participe de la sorte à une vie nouvelle et non seulement au labeur.

Il y découvre des pratiques inconnues dans ses massifs, une structure sociale différente, et surtout la prière à un Dieu unique peut-être moins lointain que celui qui se trouve au-delà du culte des ancêtres.

Il fait connaissance avec les bijoux d'argent, les calebasses pyrogravées, les teintures. Il voit les morts enterrés par tous sans crainte de souillure, et il apprend à ne plus redouter le forgeron. Il entend parler des personnages qui ont la charge de conserver les livres ou les planchettes saintes. Il redoute moins les forces occultes de la brousse ou les démons des grands arbres.

Après deux ou trois mois, voire un an, il retournera chez les siens, resacrifiera aux ancêtres, mais son univers se sera agrandi.

 

Andre Michel Podlewski

Vu 341 fois Dernière mise-à-jour : vendredi, 24 octobre 2014 10:36
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