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mardi, 21 janvier 2014 13:09

Le peuple Goudé

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Le pays Goudé situé à l'extrême sud du département du Margui-Wandala (arrondissement de Mokolo) se prolonge également sur l'arrondissement de Guider et le Cameroun ex-britannique.

Il groupe sur le territoire du Cameroun une population d'environ 30 000 personnes.

Contrairement à certains groupes de montagnards voisins (Kapsiki, Mafa) qui seraient originaires de massifs situés à l'est de leur habitat actuel, Les Goudé seraient originaires de la province islamisée du Bornou (située plus au nord, au voisinage du Lac Tchad) d'où leurs ascendants seraient venus il y a trois siècles environ.

Ils se fixèrent d'abord dans la région de Kifba (Nigéria) avant de s'installer sur leur habitat actuel dont les principaux centres sont, au Cameroun, Boukoula et Tchévi,
Les quelques indications que nous avons recueillies sur place nous permettent de penser que Les Goudé, ont jadis vécu au contact direct des sociétés musulmanes du Bornou.

Ils ont hérité, de la sorte, de certaines pratiques extérieures du monde islamisé, auquel toutefois ils ne se sont toujours pas intégrés. Ce sont donc des « païens » d'un genre particulier.

Les Goudé se distinguent eux-mêmes en deux groupes : les Tchédé (Soulé, Ounfélina, seraient aussi usités) implantés sur les massifs de l'Est, et les Motchékina (que les Tchédé nomment Moudina) vivant sur les plateaux de l'ouest.

La différence entre ces deux groupements est suffisamment importante pour que l'on soit en droit de se demander où remonte leur commune origine. Elle ne doit sans doute pas dépasser le Cameroun ex-britannique où se trouve Dirbissi, village Goudé d'où les Tchédé se disent originaires.

Les Tchédé se distinguent eux-mêmes des Téléki qui ont eu de nombreux rapports avec l'ethnie voisine des Daba.

Le vocable de Goudé désigne l'ensemble des populations Motchékina, Tchédé et Téléki terme du reste employé depuis suffisamment de temps par les intéressés eux-mêmes.

Les Goudé sont donc des « païens » dont certains (Motchékina) sont certainement originaires du monde islamisé (dissidents, serviteur, captifs, ou simples voisins).

Comme les autres « païens » de ces montagnes, ils sont essentiellement agriculteurs (mil, arachide), consultent les féticheurs, tiennent le « Forgeron » à l'écart et ne s'allient pas avec lui. Comme les autres « païens » ils ont leurs « maîtres de la pluie » qui s'habillent en noir (ou bleu foncé) lors des invocations sur une pierre également noire nommée « fara ».

Comme les autres « païens » ils vont périodiquement faire des libations auprès de certains arbres pour glorifier les mânes de leurs ancêtres (principales fêtes : Ouaguirotia annuelle et Ouanna tous les trois ans). Comme d'autres groupes « païens » agriculteurs enfin, ils prêtent serment sur le mil germé en demandant à Dieu de les exterminer s'ils venaient à mentir.

Par contre Les Goudé se distinguent de leurs proches voisins par l'extrême développement du tissage du coton ; dans de nombreux sarés on trouve un métier à tisser qui permet la confection de bandes de coton larges de trois à quatre centimètres.

Contrairement aux autres « païens » qui étaient pratiquement nus il y a peu de temps encore (1960), certains d'entre-eux (Motchékind) sont vêtus d'amples robes semblables aux boubous Foulbé, vêtement qu'ils paraissent connaître depuis longtemps.

Autre différence, les garçons sont circoncis entre l'âge de 10 et 15 ans. A cet effet le père de l'enfant recourt aux offices du « Forgeron » qui est le seul à pouvoir pratiquer cette ablation.

Contrairement encore aux autres « païen » de cette région, les descendants de chefs coiffent le sommet de leur case d'une pièce de terre cuite, de forme conique, dont la base est ornée d'une frise circulaire de personnages et d'animaux (homme à cheval, homme soufflant dans une trompe, captif lié, animal ressemblant au pangolin...). Autre caractéristiques, la danses goudé et les coiffes particulières qui les accompagnent : plume d'autruche qui accentue tous les mouvements de la tête (parfois même des barbes blanches postiches), bref autant d'attributs absolument étrangers aux civilisations de montagne.

Ces principales caractéristiques indiqueraient à l'ethnologue que cette ethnie, contrairement à ses proches voisins mafa et mofou, ne peut être rattachée à la civilisation paléonigritique.

La démographie fera ressortir une semblable différenciation : une ethnie où les femmes ne mettent en moyenne que quatre enfants au monde (contre six à huit chez leurs voisins), où la stérilité est deux fois plus élevée, où la mortalité infantile est plus modérée, où les « moins de 15 ans » ne constituent qu'un petit tiers de La population, où l'amplitude des espérances de vie entre 1 an et 5 ans est plus faible que dans le voisinage, où enfin la décroissance paraît remonter à quelque temps déjà, une telle ethnie ne saurait être assimilée à celles sortant à peine du cycle démographique primaire.

Certaines pratiques d'inspiration islamique, greffées sur une tradition païenne ancestrale, ont pu avoir une influence sur l'évolution démographique de ce groupe. Dans ce sens Les Goudé, bien que peu importants au point de vue numérique, donnent peut être une image de ce que pourraient devenir des populations païennes qui, sous leur propre pression démographique, seraient amenées dans l'avenir à côtoyer plus intimement la civilisation de l'Islam Noir.

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bems

Je reste convaincu que pour mieux développer notre pays, nous, camerounais avons besoin non seulement de bien le connaître, mais aussi de mieux nous connaître nous même...

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