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Bembone Eugène

Bembone Eugène

Je reste convaincu que pour mieux développer notre pays, nous, camerounais avons besoin non seulement de bien le connaître, mais aussi de mieux nous connaître nous même...

samedi, 30 avril 2016 22:47

La signification du Nguon

Pleine de significations, le terme Nguon renvoie à la fois à des réalités traditionnelles, Politiques et Economiques que les Bamoun ont hérité de leurs lointaines ancêtres. Un ensemble de pratiques qui font valoir une grande originalité.
 
Dans son ouvrage fondamental « Histoire et coutume des Bamoun » Rédigé au moyen de la Langue SHÜMOM qu’il a lui-même inventée en 1896 et traduit en français par le Pasteur Henri Martin, le Roi NJOYA, 17ème souverain du peuple Bamoun a écrit : « C’est NCHARE YEN qui a dit que le Nguon est le signe royal de la race de Rifum ». Cette déclaration a le mérite d’indiquer les Origines du Nguon et de repérer le point de départ de sa présence chez les Bamoun.
 
En effet, NCHARE YEN est le fondateur du Royaume Bamoun dont les jalons ont été posés en 1394 dans la localité de Njimom, non loin de Foumban. Venu de RIFUM en pays Tikar dans l’actuelle province camerounaise de L’Adamaoua, ce grand héros de l’histoire qui passe pour être la première figure de la dynastie Bamoun, n’a pas manqué d’instituer au sein de la nouvelle communauté qu’il a fondée, la pratique culturelle du Nguon héritée de ses ancêtres. Les historiens soutiennent dans cet ordre d’idées que la première fête du Nguon chez les Bamoun a été célébrée en 1395, soit un an après l’acte fondateur de leur Royaume. Mais seulement, parler de Nguon, comme d’une simple fête serait réduire à sa moindre expression un concept pluridimensionnel.

samedi, 30 avril 2016 22:37

Historique du Nguon

"Dans son ouvrage «Histoire et coutume des Bamoun» le Roi NJOYA écrit :  «C’est Nchare yèn qui a dit que le Nguon est le signe Royal de Rifum ». Tout en indiquant les origines du Nguon cette déclaration a l'avantage d'indiquer le point de départ de ce rituel chez les Bamoun.
Venu de Rifum en pays Tikar dans l'actuelle Région Camerounaise de l'Adamaoua, Nchare Yen fut le fondateur du Royaume Bamoun dont les fonds baptismaux se sont fixés en 1394 dans l'arrondissement de Njimom non loin de Foumban. Ce Roi fondateur et non moins grand héro de l'histoire, instituera au sein de la nouvelle communauté la pratique culturelle de Nguon qu'il héritera de ses ancêtres.
L'histoire soutient dans cet ordre d'idées que la première fête du Nguon fut célébrée chez les bamoun en 1395 soit un an après l'acte créateur du Royaume. Depuis cette époque, le Nguon est célébrée chaque année à la saison des récoltes et remplit une fonction plurielle de par son institution multifonctionnelle.

En effet, le Nguon est un cadre de régulation économique. Dans ce cadre, les sujets du Roi lui apportent en nature des tributs qui leurs sont redistribués dans une logique communautaire de partage et de complémentarité. Le cultivateur venu d'une zone de production du mil ou du mais en offre au Roi et reçoit du poisson en provenance d'une autre région plutôt propice à la pêche et vice-versa. Des réserves des denrées sont constituées à cette occasion et entreprises dans les greniers du Palais pour prévenir les famines.Le rendez-vous du Nguon est aussi une assise politique et de surcroit diplomatique au cours de laquelle le Roi est tutoyé publiquement; une sorte de cour suprême ou les 2 lances judiciaires « Nkû Mùtgü » sont plantées devant le trône pour consacrer la liberté d'expression. C'est au cours de ce réquisitoire que les Fonaguon véritables députés de la «Nation Bamoun» adressent au Monarque toutes les critiques, dénonciation, appréciation, observations et suggestions recueillies auprès du peuple préalablement consulté dans le cadre d'une vaste opération territoriale de sondage baptisée « Shi’Rum ».
Rétabli dans son pouvoir après le réquisitoire, les allégeances des "Kom" se renouvellent aux pieds du Roi qui pour finir tient un discours de politique générale.

Par ailleurs la société sécrète Nguon participe activement aux funérailles du Roi qui tire la révérence et accompagne l'intronisation de son successeur. Le Nguon a joué pleinement son rôle jusqu'en 1924 année de son interdiction par l'administration coloniale. Dans son rôle de chroniqueur de temps le Nguon 2008 a été identifié par les protagonistes comme étant la 542eme édition. Sous le règne du Sultan Seidou NJIMOLUH NJOYA, 04 éditions ont vu le jour à des occasions bien précises..
1958 : Inauguration de la grande Mosquée de Foumban ;
1963 : Pour célébrer les 30 ans au trône du 18e Roi ;
1976 : Pour accompagner la première Journée culturelle et économique du peuple Bamoun
1985 : Pour marquer le cinquantenaire de son règne et le centenaire de la naissance de NJOYA célébrées en simultanéité avec l'inauguration du palais des Rois, restauré grâce à l'appui de l'UNESCO.Le lendemain du réquisitoire, les bamoun font un similaire de guerre et font le sho' Mellie à l'alerte du Nkindi (grand tambour de guerre) le lundi matin, le Roi fait le tour du propriétaire au petit matin en compagnie des II Kom" (Ministres intronisateurs), de NJIFONFON et son entourage. Le roi MBOMBO NJOYA a hérité de son père le 9 aout 1992 et en 1993, il organise son premier Nguon marquant ainsi la fin du Deuil Royal.En 1994 le Sultan MBOMBO NJOYA organise le Nguon sous le thème des retrouvailles de grandes familles Tikar, Mbam, Nso' et Bamoun. C'est à cette occasion qu'il décida d'affecter une périodicité de 2 ans aux éditions de Nguon.
l'édition 1996 : dédiée à l'écriture Aku-Aku
1998 : dédiée à la culture et au tourisme
2000 : dédiée à la communication
2002 : dédiée au 10e Anniversaire du 19 ième Roi
2004 : dédiée' à la lutte contre la pauvreté et le VIH/SIDA
2006 : Thème: Bamoun Tenons nous par la main pour le développement du pays.

2008 : Thème: Taisons nos divergences et construisons notre terroir"

Etrait de:  Royaume Bamoun, par Dr NJI NJIASSE NJOYA Aboubakar.

Repris en 1949, le Ngondo fit école puisqu’il semble avoir inspiré à travers le pays quantité d’autres associations traditionnelles, par exemple : le Kumze des Bamiléké, l’Association Amicale de la Sanaga-Maritime, la Solidarité Babimbi, l’Association des Béti du Centre-Sud, l’Association traditionnelle des Bulu-Fang (Efulameyông), etc.

         Soulignons en passant qu’alors que le Ngondo était mis officiellement en congé, son esprit n’avait jamais cessé d’habiter son peuple. Il était mort sans être mort. C’est ainsi qu’en 1929, tandis que l’indigénat – tristement célèbre – faisait rage en Afrique, un petit groupe de Duala de toutes origines eut le mâle courage d’adresser à la Société des Nations, à Genève, une pétition réclamant la fin du joug colonial par l’octroi immédiat de l’indépendance au Cameroun placé sous mandat confié à la France.

         Mais en 1949, le Ngondo s’était trouvé devant l’alternative de choisir entre deux tendances : l’une qui souhaitait son affiliation au parti politique de l’Union des Populations du Cameroun (U.P.C), et l’autre qui rejetait cette obédience. C’est cette dernière tendance qui l’emporta. Selon elle, le Ngondo devait rester dans les limites du traditionalisme rigide et éviter justement de devenir politique, tout virage de l’espèce risquant de le dévier de son caractère propre ; risquant surtout de l’exposer aux aléas des multiples mouvements politique de l’époque. Grâce à quoi le Ngondo n’aura pas été dissout en 1955, comme ce fut le sort de l’U.P.C. et de toutes ses filiales…

         Malgré cette option fondamentale et, tout en demeurant « traditionnel », le Ngondo des Duala estima qu’il était, somme toute, comme au siècle passé, le meilleur gardien de l’âme comme des idéologies du peuple. Soucieux de ne pas s’arrêter en si bon chemin et voulant en cela cristalliser les traditions séculaires – bien connues – de ce peuple, savoir : son vif penchant pour l’indépendance, son amour ardent de la liberté, sa passion pour les nécessaires changements et le progrès en général, cette assemblée « apolitique » crut bon de poser clairement à la Mission de visite des Nations Unies le problème du devenir politique du Cameroun. C’était pour lui l’occasion, combien alléchante et propice, de reprendre son cheval de bataille.

         Ses arguments étaient simples ; ils puisaient dans la nature même des statuts successifs de notre pays.

         D’abord protectorat allemand, ensuite pays sous mandat de la Grande Bretagne, le Cameroun en effet, pouvait et devait se prévaloir de bonne heure, de cette condition particulière, et ce beaucoup plus aisément que les anciennes colonies au sens pur du terme. Cette exceptionnelle position le prédestinait admirablement à une plus rapide libération et sut, dans l’ensemble, forcer les évolutions nécessaires en Afrique, ayant été, sans conteste aucun, un puissant facteur d’accélération du mouvement général d’indépendance dans le continent noir.

         En effet, la Charte des Nations Unies signée à San Francisco le 26 juin 1945 avait stipulé en son article 76, paragraphe b, que les fins essentielles du régime de Tutelle étaient, entre autres, de « favoriser le progrès politique, économique et social des populations des territoires sous tutelle ainsi que le développement de leur instruction ; favoriser également leur évolution progressive vers la capacité à s’administrer eux-mêmes dans l’indépendance, compte tenu des conditions particulières à chaque territoire et à ses populations, des aspirations librement exprimées des populations intéressées, etc. ».

         Tels furent les fondements sur lesquels s’était étayée la motion du Ngondo remise à la Mission de visite de l’O.N.U. en novembre 1949 et enregistrée par cette dernière sous le n° T-TEP-S/56/4/31. Les rédacteurs de cet important document avaient pris le plus grand soin de ne pas en faire un quelconque réquisitoire contre l’autorité administrante établie. Aussi s’abstint-il de contenir aucune attaque directe contre la France. Malgré ces précautions et scrupules, la pétition du Ngondo fut, dans les faits, jugée tendancieuse et réactionnaire et comme l’expression, à peine surprenante, des « prétentions exagérées des Duala ». Bien sur mieux : une certaine campagne de diversion orchestrée au nom d’une certaine politique de division s’ingénia à accréditer, aux yeux des autres Camerounais, que ce document ne renfermait, en réalité, que des revendications d’intérêt purement régional, concernant les droits immobiliers des Duala, donc n’ayant le moindre rapport avec le destin général du Cameroun.

         Les dirigeants du Ngondo s’avisèrent alors brusquement d’organiser la plus large diffusion possible de leur pétition qui fut lue intégralement, expliquée et commentée avec patience, trois journées durant, à tous les Camerounais non-Duala des différents quartiers de New-Bell 17 convoqués en plusieurs réunions populaires à cet effet.

         L’inflexible rigueur des critères ayant présidé à la constitution du comité de rédaction de la pétition du Ngondo ; les conditions de travail, quasi mystiques, que s’imposèrent les membres de ce comité ; l’hermétisme grégaire, proprement maçonnique, qui entoura le style en même temps que le contenu du manuscrit ; l’anxiété fébrile qui s’empara de certaines personnalités autochtones et étrangères tantôt pour accéder au secret de ce manuscrit tantôt à l’affût de la remise au de la Mission de l’O.N.U. du document définitif ; les manœuvres et tractions en tous genres qui précédèrent cette remise ; le nombre impressionnant des signataires de cette pétition historique (un peu plus de huit cent !) ; les circonstances, parfois cocasses, dans lesquelles furent recueillies sinon arrachées certaines signatures ; les modalités de sa diffusion à Douala même, puis à l’intérieur du pays et enfin auprès des autorités de Paris : quel beau thème de dissertation et quelle tendre aubaine de pages qui pourraient devenir célèbres dans l’histoire du Cameroun ! Il suffirait que quelqu’un y avise et qu’il veuille bien s’en charger…

         La tê la miango, disent les Douala eux-mêmes, kê di ma sala ! (Tout fait qui tombe dans de l’histoire – ou de la narration du passé – perd beaucoup de substance).

         Or, vraiment, ces journées ont droit de rester immortelles dans nos mémoires !

         Nous avons déjà eu soin de mentionner qu’au cours de son passage de deux semaines au Cameroun, la Mission de l’O.N.U. avait collectionné un nombre extraordinaire de pétitions émanant de presque toutes les régions du territoire. Il semble du reste que le total des pétitions adressées par les Camerounais à l’O.N.U. pendant la période comprise entre 1949 et 1957, en chiffre par centaines sinon par milliers de tonnes. Affirme-t-on, avec beaucoup de sérieux !

        Hormis celle portant l’estampille officielle du Ngondo, d’autres Duala avaient-ils remis à la Mission ou adressé directement à New York des pétitions individuelles ou collectives traitant de problème mineur, en l’espèce ceux relatifs à des droits terriens ? En toute honnêteté, il nous est difficile de le nier d’emblée, sans examen préalable. Malheureusement, nous n’avons pu disposer d’aucun moyen de vérification sur ce point.

         Une chose reste évidente : c’est que la Mission de l’O.N.U. de novembre 1949 crut devoir émettre l’appréciation suivante en ce qui concerne la pétition du Ngondo de l’époque : « Une autre (pétition), celle du Ngondo, est plus explicite encore à ce sujet. Elle critique les limitations de l’Assemblée Représentative du Cameroun et déclare : « Qu’on ne voit pas se manifester la tendance à lui attribuer des pouvoirs particuliers de législation et de représentation qui seraient une première étape vers le « self-gouvernement ». C’est seulement si on accorde aux Camerounais des responsabilités plus larges que celles actuellement laissées à l’Assemblée Représentative du Cameroun que les habitants du territoire pourront acquérir l’expérience législative nécessaire pour les préparer à l’autonomie » 18.

         Dès 1950, le Conseil de Tutelle recommandait l’extension progressive des pouvoirs de l’ARCAM, notamment dans le domaine législatif.

         1954. Le Ngondo, las d’attendre la suite réservée aux points les plus saillants soulevés dans sa motion de 1949, désigne en son sein trois délégués chargés de se rendre comme pétitionnaires devant le Conseil de Tutelle des Nations Unies. Il prévoit et assure lui-même les frais de voyage et de séjour de la délégation composée de MM. Bétôté Akwa, chef supérieur d’Akwa, président du Ngondo ; Ekwalla Esaka, chef supérieur de Deido, vice-président et Kinguè Jong, secrétaire administratif de l’association.

         Arrivée à Paris, ces trois émissaires sont « interceptés » par les autorités françaises. A la suite de quoi, ils prennent le chemin de retour à Douala plutôt que la route pour le Palais de verre de Manhattan.

         Que s’était-il donc passé ? Le gouvernement français les aurait dissuadés de l’opportunité d’une démarche directe auprès de l’ONU, promettant qu’il n’allait pas tarder à examiner avec le maximum de bienveillance la requête du Ngondo, aux fins d’autonomie puis d’indépendance du Cameroun. « Mieux vaut laver notre linge sale en famille », se seraient-ils laissé dire…

         A Douala toute la population concernée les hua, les traita de « vendus » et de « traîtres » à la solde des Français… Eux s’employèrent à persuader le peuple du caractère solennel des promesses françaises, allant précisément dans le sens des desiderata du peuple tout entier.

         1956. Les pourparlers bilatéraux promis par la France ne s’annoncent toujours pas. Le Ngondo commence à perdre patience. Finalement, il décide d’envoyer à nouveau une délégation aux Nations Unies. Comme la précédente, elle comprend trois membres : MM. Bétôté Akwa, Kinguè Jong et Mbonde Loko. Ceux-ci étaient porteurs d’une pétition assez laconique, rappelant simplement celle de novembre 1949 ainsi que les intentions françaises exprimées en 1954 et, jusque-là, non concrétisées.

         Devant le Conseil de Tutelle des Nations Unies, donc, le Ngondo, par l’intermédiaire de ses porte-parole, fit entendre sa voix au nom du Cameroun, pour sa modeste part, en vue de l’obtention d’une autonomie interne immédiate suivie de l’indépendance nationale dès que possible.

          Revenus des Etats-Unis, les trois délégués du Ngondo parviennent, cette fois, à convaincre puis à calmer les masses duala, par la diffusion d’enregistrements sur bandes magnétiques de toutes les interventions devant l’Organisation internationale.

          L’année d’auprès, soit en 1957, le Cameroun devenait autonome. Cela, bien entendu, grâce à la conjonction des forces et des moyens de toutes les couches agissantes du pays entier.

         Ainsi le Ngondo duala peut, aujourd’hui encore, se féliciter d’avoir apporté sa part de contribution positive à l’avènement accéléré de notre autonomie réclamée par elle dès 1929 et 1949 ! A cet égard, il n’a fait, redisons-le, que reprendre ses traditions d’autan marquées dès l’aube de la colonisation européenne au Cameroun.

          Assemblée traditionnelle ? A vrai dire, le Ngondo n’avait nulle vocation à exercer des pouvoirs politiques, législatifs ou diplomatiques quelconques. Son rôle devait fondamentalement se borner, singulièrement avant sa mise en veilleuse par les Allemands, à trancher en premier et dernier ressort, sans appel, les graves affaires de pratiques de sorcellerie, de trahison du peuple ou d’atteinte à l’union des Camerounais de la côte. A l’origine, c’était une espèce de Cour Suprême en matière criminelle exclusivement.

          Mais son glissement vers la politique se fit de plus en plus irrésistible au point de devenir inévitable. Ce lent glissement prit corps à partir du moment où les Duala se mirent à sentir l’amer goût des réalités coloniales.

          Oui, à Douala, le peuple s’était jusqu’ici accoutumé à une administration étrangère par les consuls, c’est-à-dire apolitique par définition, lâche, lointaine, très souple à volonté. Il avait dès l’origine, et de très bonne foi, souhaité la présence d’une autorité exercée du dehors, sans trop savoir lui-même sur quel socle précis elle allait reposer. En toute hypothèse, l’on imagine sans peine qu’il n’avait point désiré l’avènement d’un pouvoir de type colonial pur. Cette supposée restriction devait avoir eu pour dessein de lui garantir une protection totale, effective, ainsi qu’une large dignité humaine impliquant le respect sacré de l’individu quel qu’il soit. Déchiré que lui-même était tous les jours par des querelles intestines sanglantes, le peuple duala avait, sans aucun doute, dû ressentir le besoin d’être départagé équitablement par un arbitre provenant d’une autorité exempte d’intrigues comme des procédés caractéristiques de la souveraineté de type classique. Par dessus tout, il avait voulu et admis l’installation d’un pouvoir étranger d’éthique chrétienne, agissant d’après les préceptes du Christ sur l’égalité et la fraternité entre les hommes, sur l’amour du prochain, la bonté, et tout le reste… A preuve : les passages suivants extraits d’une lettre commune adressée le 6 novembre 1881 à Sa Majesté la Reine d’Angleterre, par les rois Akwa et Bell : « Nous avons appris que vous êtes un bon chrétien… J’espère que vous prendrez ce sujet en profonde considération et ferez tout ce que vous pourrez pour l’amour de Dieu… Aussi pensons-nous que le mieux est de remettre ce pays à vous, les Anglais, qui sans doute apporterez la paix, la civilisation et le christianisme dans le pays… »

          Certes, ce pouvoir ne fut pas anglais, comme ces deux rois l’avaient initialement espéré. Mais il était allemand. C’est dire qu’il était tout aussi chrétien. Le roi de Prusse ne fut-il pas l’un des éminents fondateurs et principaux signataires à Paris, le 26 septembre 1815, de la Sainte Alliance inspirée à l’empereur Alexandre 1er par Madame de Krüdener « au nom de la très sainte et invisible Trinité » ? Qu’importe, au reste, que ce pouvoir fût allemand, anglais, espagnol, italien, portugais, ou français. etc… ! De quelque puissance eût-il été l’émanation, cela n’eût rien changé, strictement rien ni dans le « processus traditionnel » ni dans la conjoncture…
          Pensées ingénues, donc, illustrant merveilleusement chez ces braves gens, une ignorance crasse de l’avenir !
          On était bien loin du compte !

          L’innocent peuple duala ne se doutait alors pas de l’existence d’un système colonial conventionnel, homogène, mis au point universellement : travail forcé, climat de terreur et d’inquisition, justice expéditive, ségrégation raciale éhontée, répression tyrannique, etc. Très tôt, le mot « protectorat » apparut sous son vrai jour, résonnant de ses plus purs accents, profilant partout le spectre hideux du colonialisme parfait, que dis-je intégral. Protectorat ! Protectorat ! Ne fus-tu donc, après tout, dans ton contenu, qu’un vulgaire et cruel euphémisme ? Qu’une illusion, combien naïve, qui avait germé dans l’esprit d’un peuple désenchanté, à propos du caractère prétendument philanthropique d’une administration étrangère, quand bien même cette dernière serait fondée sur les principes mitigés du protectorat ou de la tutelle ! Ah ! c’est étrange, comme l’histoire de la colonisation s’apparente et se ressemble dans le temps et dans l’espace. A quelques nuances près, il faut en convenir : même volonté d’asservissement, même racisme impénitent, même avilissement de l’être humain, mais aussi mêmes combats pour la liberté…

          Ainsi furent amèrement déçues et l’attente et l’espérance des Duala des années mil huit cent… D’autant plus amèrement qu’à l’inverse de ce qui s’était passé ici et ailleurs en Afrique, eux avaient réclamé, voulu, favorisé, bousculé la venue des colonisateurs. Eux, au moins, avaient tôt compris l’inutilité qu’il y avait à résister, par la force ou n’importe comment, à l’implantation de cette hydre à deux têtes (à deux têtes seulement : l’une monstrueuse, l’autre magnanime) et qui avait nom : colonisation. Mais au départ, cette sagacité ne leur faisait-elle pas marquer des points ? Plus tard, cela les mettra d’autant à l’aise pour dénoncer la satiété, urbi et orbi, les méfaits, d’un mot tout le côté négatif de la colonisation. C’est ainsi que ce peuple, depuis l’autel de son assemblée traditionnelle, ne tardera pas à affirmer dans le pays sous occupation étrangère comme le tout premier bastion de la réaction, de la résistance et de la lutte anti-colonialistes, disons par le fait même du double aléa de la géographie et de l’histoire. Cela, dès les premières années du protectorat allemand. Ce qui, de bonne heure, ne lui vaudra guère pas que des amis, au cours de son destin passé. Il s’en fallait de beaucoup. Placé aux avant-postes au gré de la Providence, peuple martyr parmi les plus martyrs, il lui en coûtera surtout bien de sacrifices en vies humaines – et tant d’autres encore – qu’il ne nous revient pas de décrire ici. Ce sera peut-être pour une autre fois, en une autre et meilleure occasion…

                 Dès avant la fin de la deuxième décennie de la présence allemande, donc, rois, princes et peuple réunies sous les auspices du Ngondo, furent unanimes à considérer que, dans la pratique, l’administration protectrice violait ouvertement, si l’on ose dire, le Traité du 12 juillet 1884, lui-même négocié, comme on sait, du côté duala, sous la direction de l’assemblée traditionnelle du peuple. Voici quelques-uns des huit points du protocole d’accord dont était assorti ce Traité célèbre et formulant des vœux précis de la population duala :

           « 4) – Notre terre cultivée ne doit pas nous être arrachée parce que nous ne sommes pas capables d’acheter et de vendre comme d’autres pays… »

           « 6) – Nous continuerons à élever nos bouledogues, cochons, chèvres, volailles, comme cela se passe maintenant… »

          Juillet 1902. Dix huit an après l’ « annexion », probablement même jour pour jour, le Ngondo organise dans les quatre quartiers une souscription populaire, à raison d’un demi-mark par personne adulte et valide. Le produit de cette quête est destiné à couvrir les frais de voyage et de séjour, en Allemagne, d’une importante délégation ayant reçu mission d’exposer les doléances du peuple et de remettre en mains propres, au roi de Prusse, la toute première pétition duala. Cette délégation comprend :

          1 – du côté Bell : le chef supérieur Manga Ndumbè et le notable Eyum’a Njembèlè 9 ;

          2 – du côté de Akwa : le chef supérieur Dika Mpondo, son fils Mpondo Akwa, conseiller, et le notable Mukudi Muanguè de Bonakuamuang ;

          3 – du côté Deido : le chef supérieur Epée Ekwalla et le notable Dikonguè Môni de Bonamuduru.

          A la dernière minute, le chef Kum a M’bapê, de Bonaberi, avait fini par renoncer à ce long déplacement. Les Akwa et les Deido quittèrent Douala en septembre 1902, quelques jours après les délégués de Bell qui les avaient devancés.

          L’essentiel de la mission accompli, le gros de la délégation s’empressa de rentrer au Cameroun, laissant seul à demeure en Allemagne, Mpondo Akwa, mieux placé que quiconque pour intéresser ses nombreux amis à la plainte du peuple duala et prendre avec eux de fructueux contacts auprès de certains milieux politiques favorables, au sein du Reichstag, à l’amélioration du traitement des Noirs dans les colonies de l’Empire 10.

         En 1902, tout le peuple réuni en Ngondo décide par conséquent d’adresser des prestations à ce sujet à l’Empereur Guillaume II lui-même, sous forme de pétition. Le principal instigateur et meneur dans cette affaire est Mpondo Akwa, fils aîné de Dika Mpondo Akwa, l’un des principaux signataires du Traité du 12 juillet 1884. La pétition stigmatisait avec force les exactions du représentant local du Reich, le gouverneur général Von Puttkammer. En même temps, elle exigeait une scrupuleuse application de l’esprit ayant présidé à la conclusion des actes de 1884, savoir : une authentique protection des indigènes au lieu d’une autorité de fer et de terreur… Cette année 1902 précède de peu le début des mesures d’expropriation qui seront décidées à Douala par les Allemands, en mai 1906. cela avait commencé par le quartier de Bonabéri, sur la rive droite du Wouri. Ces mesures ouvriront d’ailleurs la période du grave conflit germano-duala, laquelle se terminera avec la fin effective de l’administration allemande à Douala, le 28 septembre 1914.

          A partir de 1902, donc, le climat s’était déjà assombri dans les rapports entre Allemands et Duala. Les Allemands, en effet, avaient été désagréablement surpris de rencontrer auprès de leurs administrés, opposition et résistance en série, bref obstruction systématique à leurs moindres plans et projets, concernant la ville de Douala en particulier. Sans doute, ne s’y attendaient-ils que fort peu, convaincus qu’ils étaient d’avoir affaire à d’anciens pourvoyeurs d’esclaves, faciles à corrompre et à manipuler, en tout cas ayant prouvé autrefois leur extrême malléabilité.

          Or, la réalité était froidement tout autre. Car, nous l’avons vu, les Duala venaient de faire l’expérience de vingt années d’administration anglaise, d’une administration par des consuls, assortie d’une autorité ferme mais paternelle et conciliante, ignorant abus et exactions, soucieuse avant tout de mettre fin à la traite des esclaves.

          La transition ayant été presque nulle, l’épreuve de la toute première administration au vrai sens du terme – qu’elle fût du reste allemande ou non – devait forcément paraître très dure aux Duala. Ils la supportèrent, la mort dans l’âme. Aux exigences des Allemands, ils se mirent en devoir d’opposer des exigences. Ces raidissements réciproques de position expliquent assez clairement aujourd’hui les « méthodes fortes » qu’on reprocha aux Allemands, surtout vis-à-vis des Duala.

          Or, c’est bien dans le Ngondo, âme, foyer et levain de la résistance anticolonialiste, que le peuple duala autrefois divisé à l’envi, puisa en ces circonstances des plus graves de son histoire, toute la force de sa cohésion et de son courage.

          Mais revenons-en à la pétition du Ngondo auprès du Reich. Elle chargeait lourdement et plus particulièrement le représentant de l’Empire à Douala pour le Cameroun et le Togo, le gouverneur général Von Puttkammer. Sans épargner l’administrateur de la région de Douala, à l’époque, Von Brauchitsch. Le gouverneur général, lui, était le fils d’un ministre d’Etat du chancelier Bismarck et neveu du ministre de la guerre Von Papen. C’est dire de quelles puissantes protections il pouvait bénéficier. L’examen de la plainte duala dura environ trois ans. Retour de l’exposition de Berlin de 1905, le gouverneur général Von Puttkammer s’entendait rappeler sans délai en Allemagne où, semble-t-il, il devait être admis d’office de ses fonctions. Le fait est qu’il ne revint plus jamais au Cameroun. Comment s’étonner dès lors que cet ancien gouverneur général en soit arrivé à vouer aux Duala une haine mortelle, au point d’écrire au sujet de ses ennemis déclarés : « … qu’il aurait mieux valu les exterminer ou les déporter lors de l’arrivée des Allemands mais qu’il était maintenant hélas trop tard » 11. très curieusement, plusieurs dizaines de Duala seront déportés dans les années 40, vers des régions lointaines du Cameroun au climat et au régime alimentaire des plus inadaptés pour eux. Beaucoup y mourront sans plus jamais revoir Douala. Pendant ces même années 40, indépendamment de multiples arrestations policières et de nombreux cas d’emprisonnement de patriotes à Douala même, il y eut la fusillade, à l’aube, devant la « poudrière » de la ville, de Dikonguè Meetom, notable de Bonakouamouang. Motif : « germanophilie ou intelligence avec l’ennemi allemand ». C’était, cette fois, sous l’occupation française. Hélas ! Von Puttkammer ne sera plus là, peut-être même plus de ce monde, pour voir, ô paradoxe, comment son vieux rêve devait se réaliser, fût-ce en partie, mais alors pour des considérations… qu’il n’eût certainement plus approuvées, parce que diamétralement opposées à ses propres intérêts ! Pauvres Duala, inconstants et insatiables ! Voire ! A moins que ce ne fut, ici encore, la même ancienne allergie, le même « épidermisme » au même colonialisme, seul le manteau ayant changé depuis 1916…

          Pour ce qui est de l’administrateur en chef Brauchitsch, conseiller du gouverneur général et chef de la circonscription de Douala, il fut, nous raconte-t-on, condamné… au paiement d’une amende de 1000 marks !

          La pétition du Ngondo avait porté !

          Mais, comme le dit si bien une maxime duala : Bakala na bakala ba si ma wutanê tamba. Littéralement cela signifie : « Les Blancs ne s’ôtent pas le chapeau entre eux » ; et au figuré : « Le Blanc marche toujours sur les traces de ses prédécesseurs, il tient toujours compte de leurs opinions, de leurs avis, de leurs appréciations sur les hommes et les faits ; entre eux, les Blancs ne se déjugent pas, ne se contrarient pas, même  lorsqu’ils sont des ennemis avoués entre eux, et cela dès qu’il s’agit d’affaires concernant les Noirs ».

          Ainsi, les successeurs de Von Puttkammer ne furent pas prêts à oublier le grave affront qu’il avait essuyé et auquel eux-mêmes pouvaient s’attendre, d’un moment à l’autre. Ils tinrent, de plusieurs manières, à venger cet illustre enfant de l’Empire. En voici une, choisie au hasard parmi tant d’autres :
          Mpondo Akwa, chef incontesté de la délégation de son pays en 1902, fut obligé de rester en Allemagne jusqu’en 1911, soit pour suivre sur place les affaires de Douala, soit sur le conseil de ses amis allemands, sociaux démocrates pour la plupart. Semble-t-il, ces derniers l’avaient adjuré de ne pas retourner immédiatement dans son pays, de crainte d’être pris au filet. Dès son retour en 1911, on s’empressa de tisser contre lui toute une histoire, dans les formes classiques. Sur dénonciation calomnieuse savamment préméditée, on l’accusa d’avoir tenu des propos anti-allemands. Une procédure sommaire et expéditive le fit condamner à la déportation à Banyo d’abord, à Ngaoundéré ensuite. La déclaration de guerre le trouvera dans cette dernière ville en 1914, comme détenu politique.

          Or, un jour d’août 1914, sous ombre qu’il avait tenté de s’évader de sa cellule, des tirailleurs reçurent l’ordre de tirer sur lui. Alors qu’en réalité, Mpondo Akwa allait, comme d’ordinaire, c’est-à-dire sous bonne garde, se baigner dans la rivière toute proche. Pendant des années, l’autorité administrante le porta disparu et se refusa même à révéler aux Duala le sort véritable qui fut le sien. C’est bien plus tard, à la suite d’enquêtes et recherches multiples menées par sa famille, que tout le monde fut enfin péniblement convaincu de sa mort, dans les conditions plus que tragiques qu’on connaît.

       … Pour avoir, à l’exemple de son père, dit « non » au régime abject du colonialisme ainsi qu’à ses tenants !
          1905. Le gouvernement allemand met au point un plan d’urbanisme de la ville de Douala. Quelques années plus tard, les Français retrouveront ce document et l’appelleront « plan cadastral allemand », par ailleurs excellent et unique dans son genre au Cameroun, du moins à l’époque. Pour le mettre à exécution, l’administration locale doit procéder à des expropriations en règle, pour cause d’utilité publique. La première tranche de la procédure s’effectue en 1906, d’abord à Bonabéri, sur la rive droite du fleuve, sans difficulté 12.

          Dès 1911, une entreprise identique est envisagée pour les trois cantons de la rive gauche : Bell, Akwa et Deido. Ici, le projet se heurte aux protestations les plus énergiques de toute la population, contenues dans des pétitions successives adressées jusqu’au Reichstag entre 1911 et 1912. malgré cela, les Allemands s’apprêtent à faire déguerpir, dans un premier temps, le canton de Bonadôo, et, au demeurant, le décret officiel paraît le 15 janvier 1913 pour 903 ha. de terrains. Malheureusement, les indemnités proposées à cet effet sont si minimes qu’elles exaspèrent davantage encore les Duala et motivent de leur part une opposition généralisée.

          Une nouvelle fois, ceux-ci forment un front uni autour du Ngondo. Ils  désignent Duala Manga Bell comme leur porte-parole et chef de la résistance. Le 8 mars 1912, Duala Manga Bell envoie au Reichstag, au nom du peuple, une longue lettre de protestation, mais aussi d’instantes prières. Auparavant, les Duala s’étaient constitué deux avocats défenseurs, l’un à Hambourg, l’autre à Berlin. Au fait, de quoi s’agissait-il ?

          D’éloigner à 5 km au moins à l’intérieur du pays tous les villages autochtones alors bâtis au voisinage immédiat du fleuve. De transformer ensuite les lieux ainsi vidés en quartiers résidentiels uniquement réservés aux Européens.

          Ouvrons la parenthèse pour noter tout de suite qu’en définitive, le déguisement des Africains du quartier de Bonadôo, appelé encore Plateau Joss, ou Bonanjô, se réalisera contre vents et marées 13. Ce quartier demeure, à ce jour, le principal centre administratif de la ville et, jusqu’en 1959 au plus tôt, soit à la veille de l’indépendance du Cameroun, il aura été en fait le quartier résidentiel des seuls Européens et assimilés, à l’exclusion de toute présence d’autochtones, apparaissant ainsi comme un exemple vivant, incontestable, de ségrégation raciale. Il reste vrai dire que l’essor très rapide de Douala rendra assez tôt ce quartier, en réalité le plus beau et le plus calme de la ville, insuffisant à l’habitat de tous les Européens. Force sera donc à bon nombre d’entre eux de résider également dans les quartiers d’Akwa (essentiellement commercial) et Deido, souvent à proximité des indigènes.

          Mais reprenons la trame du récit pour préciser qu’à la vérité, le projet allemand cachait secrètement des objectifs à peine voilés de ségrégation raciale. En effet, des médecins spécialisés avaient fait valoir auprès du Reichstag, le Parlement allemand, qu’une promiscuité entre Noirs et Blancs entraînerait fatalement, pour ces derniers, des risques graves de contamination du malaria et de bien d’autres affections dites tropicales.

          Or, les Duala comptaient de nombreuses sympathies dans toute l’Allemagne. Très tôt, des amis sûrs et bien informés leur mirent la puce à l’oreille. L’indignation du peuple fut complète et eut pour effet d’aviver sa réaction catégorique à l’égard du projet.

          Dans leurs suppliques, les Duala avaient tenu à démontrer comment ce serait pour eux une question de vie ou de mort d’avoir à quitter la terre de leurs ancêtres, sur laquelle eux-mêmes avaient grandi. Il est difficile à quelqu’un d’autre de mesurer l’extrême douleur d’un homme habitué, depuis l’enfance, à vivre au bord de l’eau, à contempler le fleuve à toute heure, et qui, du jour au lendemain, se voit condamné à se priver de tant de joies intenses, difficilement explicables !

          Face à ces scrupules et tant d’appréhensions, l’administration allemande argumenta que les ancêtres des Duala n’avaient pas toujours habité là ; que les Duala avaient d’ailleurs coutume de rester plusieurs jours ou des semaines entières dans leurs pêcheries ou dans leurs plantations ; qu’on allait leur bâtir une belle ville moderne ; que quinze minutes de marche pour arriver jusqu’au fleuve ne représenteraient tout de même pas un énorme sacrifice…

          Le moindre compromis était loin d’être réaliser !

          Le 4 août 1913, intervenait la destitution, à titre temporaire, de Duala Manga Bell. Sa charge de chef administratif rémunéré sur les fonds de l’Etat avait été jugée incompatible avec son attitude hostile aux objectifs prioritaires de ce même Etat 14.

          L’affaire néanmoins reste au point mort et n’avance pas assez.

          Le 1er août 1914, éclate la première guerre mondiale.

          Entre-temps, le Ngondo avait dépêché en Allemagne Ngoso Din, secrétaire de Duala Manga, et l’avait chargé d’une « mission spéciale ». Les Akwa diront par la suite de n’avoir pas été mis au courant de cette « mission spéciale ». Ngoso Din, à son passage à Bordeaux et à Paris, aurait pris des contacts (mystérieux) avec certains milieux politiques français. Les Allemands n’avaient pas tardé à être alerté et, dès son arrivée sur le sol allemand, l’émissaire Duala était arrêté.

          A Douala même, la situation se complexifiait irrémédiablement et l’évolution de l’affaire tournait au tragique pour le chef de file de l’opposition. Celle-ci, en effet, avait connu, de manière subite, des développements d’un nouveau genre, et Duala Manga s’était vu accuser de haute trahison pour « entente avec des puissances étrangères et instigation des chefs de l’intérieur du pays à la haine et à la révolte contre l’Allemagne ».

          Le 7 août 1914, à 14 heures, Duala Manga et Ngoso Din étaient exécutés par pendaison dans l’enceinte du commissariat de police. Duala Manga Ndumbè a Lobè, petit-fils de Ndumbè a Lobè a Bebe, celui-là fut baptisé par tous les Duala le « père » du protectorat allemand au Cameroun ! Y aura-t-il eu plus belle et plus ironie du sort ?

          Mais sur ce drame historique, nous n’en dirons pas plus, tel n’étant point – Dieu nous en garde ! – notre véritable propos. Nous avons tenu tout simplement à évoquer quelques péripéties, dans le contexte particulier du rôle de haut niveau politique que le Ngondo a pu jouer dans un passé pas très lointain. Sans, pour ainsi dire, en avoir lui-même eu claire conscience. Ce faisant, il signait, de façon tout à fait inattendue, l’acte de naissance du nationalisme camerounais, annonçant alors la couleur par une voie absolument inédite.
          En dernière analyse, de quelle manière épiloguer sur tout ceci et que reste-t-il en substance à y condamner maintenant que les petits-fils et les arrières-petits-fils des Duala de l’époque sont devenus, quant à eux, capables de faire la part exacte des choses entre d’un côté ce qu’ils savent désormais des problèmes d’urbanisation des cités modernes – gage de leur développement harmonieux et de leur indispensable renommée – et d’un autre côté l’opposition aveugle, systématique à toute mesure d’expropriation organisée et soutenue jadis leurs honorables devanciers ?

          A notre opinion, tout le champ du possible reste ouvert : celui de la réflexion et de la critique. Celui de toutes sortes de spéculations juridiques ou doctrinales aussi.

          Tout tient pour l’essentiel à une question de forme procédurale. Déjà, autrefois, il y avait eu maints Allemands de bonne foi, sans doute appartenant à l’aile progressiste de l’Empire, qui n’avaient point hésité à flétrir à toute force le caractère inhumain du plan d’expropriation, en ce qu’à l’évidence, ce plan entendait essentiellement empêcher toute cohabitation entre Blancs et Noirs.

          N’empêche que des juristes avaient estimé devoir échafauder diverses thèses en faveur du principe même de la légitimité des expropriations ordonnées pour cause d’utilité publique, basant alors cette légitimité sur la pleine et entière souveraineté de l’Etat allemand dans l’administration du pays, à la suite de la totale abdication de leur propre autorité par les rois, chefs et notables duala. Ils justifiaient ainsi les mesures entreprises, fondées, selon eux, sur le strict droit européen.

          Et certes, les rois et chefs de la contrée avaient délibérément transféré à l’Etat allemand tous leurs droits et prérogatives de souveraineté, de législation et d’administration sur le territoire. Il n’en demeure pas constant, pareillement, que le Traité du 12 juillet 1884 est explicite en son point 3 qui édicte que : « Les terrains cultivés par nous, et les emplacements sur lesquels se trouvent des villages, doivent rester la propriété des possesseurs actuels et de leurs descendants ».

          Et de leurs descendants !

          Ce membre de phrase à lui seul suffisait à exclure toute possibilité d’aliénation de terrains par n’importe quelle personne ou puissance étrangère, pour quelque motif fût-il, sauf acceptation préalable, librement négociée, des détenteurs.

          Dès lors, il était clair qu’aucune mesure de déguerpissement des Africains 16, pour légale et justifiable qu’elle ait pu apparaître sous le double aspect de l’utilité publique et du droit occidental, ne pouvait ni ne devait être décidée unilatéralement par la puissance de protectorat (protectrice par essence), sans préalable consultation des autochtones et, au besoin, intervention d’un protocole ou d’un addendum à l’acte juridique du 12 juillet 1884. A la limite, les Duala consentant collectivement à la mesure, le cas échéant, devenaient par la suite seuls habiles en droit à déterminer à leur totale volonté les conditions matérielles de l’indemnisation, en réparation des dépossessions ordonnées.

          Bien sûr, le régime de l’expropriation dans l’ensemble des territoires allemands du continent africain avait déjà fait l’objet d’une ordonnance impériale du 14 février 1903 prenant effet le 1er juin 1903 ; une décision de la section coloniale en date du 9 avril 1906 en avait arrêté les modalités pratiques d’application. Mais dans quelle mesure ces différents textes étaient-ils valablement opposables aux Duala ? Dans quelle mesure, au cas particulier des expropriations de Douala, se conciliaient-ils tant avec les termes qu’avec l’esprit du point 3 sus-évoqué du Traité du 12 juillet 1884 ayant force des actes diplomatiques ?

          Dans ce grand litige germano-duala, qui avait tort, qui avait raison ? Avouons notre propre embarras de pouvoir d’emblée répondre à une aussi délicate question, en toute objectivité. Avant d’essayer de nous y résoudre, un petit rappel historique s’impose.     

          L’utilité publique invoquée en l’occurrence par l’autorité administrante visait, en premier lieu, la libre disposition par elle de terrains domaniaux nécessaires à l’implantation de ses services, puis secondairement à la résidence de ses principaux dirigeants et fonctionnaires – entendez expatriés. N’est ce pas là les préoccupations prioritaires de toute puissance publique, qu’elle soit allemande ou non ? Elle reste, aujourd’hui encore, celle de nos propres gouvernants africains. A supposer même que l’expropriation du Plateau Joss ait tendu, dès l’origine, à quelque lotissement digne de ce nom, celui-ci ne pouvait qu’être assujetti aux règles courantes de tout programme urbanistique élémentaire, soumettant tout le monde à des normes précises et commune de construction. A ce prix, nos cases en matériaux provisoires devaient se voir condamnées sans ménagements dès la mise en jeu des mesures arrêtées, lesquelles devaient rendre pratiquement impossible le moindre investissement de la part des Africains. De ce fait, seules resteront intactes au quartier Bonanjô, frappées du sceau du privilège, quelques rares propriétés individuelles. Ce fut le cas des concessions, « valablement bâties », de la famille royale (à côté de l’immeuble du Palais de Justice), du très riche propriétaire duala de ce temps-là, Mandessi Bell, du regretté pasteur Modi Din et, naturellement, de la firme hambourgeoise Woermann. Etant donné le très faible niveau économique des Africains, il n’y eut aussi, maintenus à demeure, que les quelques particuliers européens vivant dans leurs maisons de style européen, c’est-à-dire construits en matériaux définitifs. La création du quartier Bali—destiné au recasement des déguerpis de Bonanjô – suivit immédiatement l’expropriation entreprise. On assistera à un processus à peu près analogue en 1937, lorsque l’administration française décidera d’importantes mesures de déguerpissement dans certaines zones particulièrement en vue du quartier Akwa où, par bonheur, une grande proportion de résidents autochtones étaient déjà propriétaires de villas plus ou moins modernes (pourvu qu’elles aient un toit de tôles et des murs en ciment) et détenteur de titres fonciers authentiques, opposables aux tiers. Ce qui explique la relative intensité des remous que provoqua cette deuxième vague de déguerpissements collectifs. Mais, sans doute aussi, le précédent allemand avait-il mieux aguerri les nouveaux maîtres du pays. Pourquoi pas ?

          Les Allemands avaient promis à leurs « protégés » duala une belle ville, autrement plus avenante que l’agreste cité antique de pêcheurs qu’ils trouvèrent à leur arrivée sur les rivages du Wouri. Et ceci, au moins, ne s’est guère démenti…

          Tout cela rappelé et précisé, une dernière question persiste néanmoins à l’esprit. Les règlements relatifs à l’expropriation pour cause d’utilité publique rendus en vigueur dans les possessions allemandes en Afrique, étaient-ils identiques à ceux-là mêmes qui étaient applicables sur les territoires du Reich ? Il y a, hélas ! quelques raisons d’en douter ! Les règlements propres à l’Afrique avaient, selon toute vraisemblance, été conçus pour les Africains, à l’aune de leur « degré de civilisation ». Là résidait précisément la discrimination, le point d’ancrage de cette discrimination qui a toujours été et demeure jusqu’ici le responsable de tous nos maux, de tous nos malentendus.

          Mais en posant au préalable comme postulat que législation allemande en matière fut absolument une tant en métropole que dans les colonies, et que cette législation n’a pas évolué ou très peu – depuis 1903 (ce qui du reste est simplement et proprement impensable), tentons maintenant de procéder au moyen du parallèle, même sommaire :

          1 — Les règles générales organisant les procédures d’expropriation le furent souverainement par ordonnance impériale, en d’autres termes sans consultation préalable des populations duala, comme celles-ci l’eussent souhaité. Jusqu’à présent, un peu partout dans le monde, cette prérogative est, à quelques variantes près, de puissance publique, notamment par le biais des assemblées parlementaires. Sur ce premier point, la plainte du Ngondo s’avère donc assez peu consistante, mis à part l’élément établissant, dans l’espèce duala, qu’il y aurait eu violation par les Allemands du point 3 du Traité du 12 juillet 1884 (cf. supra.).

          2 — Les règles et taux de l’indemnisation font également partie intégrante des attributs, en soi inaliénables et inattaquables, attachés à l’exercice de toute souveraineté. Etant entendu que l’exception soulevée au paragraphe précédent, au cas particulier des Duala, conserve ici encore tout son poids pour ce qui est des conditions, apparemment arbitraires, dans lesquelles les Allemands fixèrent le montant des indemnités proposées aux victimes de l’expropriation, ces victimes étant réputées propriétaires légitimes indiscutables des terrains touchés, ceci en vertu d’un acte, avons-nous déjà dit, de portée diplomatique, unique charte devant gouverner tous les rapports entre Duala et Allemands.

          3 — Une fois décrétée la déclaration d’utilité publique, préalable et péremptoire, toute expropriation effective est communément précédée de formalités rigoureuses, entre autres d’une enquête publique et contradictoire présidée par le représentant de l’Etat, en présence des personnes concernées. Faculté est offerte à celle-ci d’élever des contestations dans les formes appropriées, en principe sur la nature et le montant des dédommagements ou compensations envisagés. L’Administration est tenue d’enregistrer toutes contestations ou oppositions reçues, de les instruire en commission composée de techniciens et de personnalités politiques, et d’y réserver la suite convenable. En principe, et très généralement, l’opportunité même de l’expropriation pour cause d’utilité publique n’est ni discutable ni négociable.

          Mais les garanties ainsi aménagées avant sa matérialisation définitive dans les circonstances normales le furent-elles au profit des propriétaires coutumiers duala ? Regrettablement, l’histoire donne à entendre qu’il n’en fut rien du tout.

          Qu’en conclure, sinon que chacun en juge comme il l’entend, suivant sa propre conscience !

          Pour sa part, le Ngondo, y compris tous ses martyrs et zélateurs, garde jalousement la certitude d’avoir agi en cette époque célèbre pour la seule défense du respect de la dignité de l’homme, surtout de l’homme noir, tant et si souvent bafoué dans l’histoire de tous les temps de notre pauvre humanité !        

Quoiqu’il en soit, de l’union des populations duala, le Ngondo se fit la main vengeresse de leur humiliation à Pongo. Puis il devint, très vite, l’organe qui devait réprimer les meurtres suivant la loi du Talion : « Vie pour vie, dent pour dent, œil pour œil… » Ceci, quel que soit le rang social de leur auteur.
          Ainsi en fut-il, en 1876, de Eyum Ebelè, prince de Deido qui, sur une sentence de ce tribunal du peuple, fut décapité et mis en pièces sur un banc de sable du Wouri, pendant la marée basse. Un des nombreux fils de Muduru Ebelè, nommé Dikongué Ebelè, voulant contester à sa manière un jugement rendu à ses torts et dépens dans un litige interne entre frères, avait en effet mis le feu aux poudres dans la maison où s’étaient réunis pour la circonstance les membres du conseil de famille. Tous périrent dans cette lugubre hécatombe. Le Ngondo, saisi de l’affaire, condamna à mort le criminel. Mais Eyum Ebelè marqua publiquement son opposition à l’exécution de ce verdict afin, dans son esprit, d’empêcher l’extermination du rameau de son frère Muduru. A cause de cette opposition, c’est lui-même qui fut arrêté par le Ngondo, jugé puis abattu et mutilé aux lieu et place du véritable assassin.
          Ainsi en aurait-il été vers 1883 du roi Ndumbè Lobè, dit King Bell, s’il n’y eut l’agissante complicité d’Ed. Schmidt, agent à Douala de la firme hambourgeoise C. Woermann, qui le protégeait discrètement. En effet, King Bell avait été accusé devant le Ngondo, par Sôpô Priso Ekambi, d’avoir comploté 3 avec ses hommes de main le meurtre en haute mer 4 d’une grande figure de Bonapriso, Priso Ekambi, alors que celui-ci revenait de ses fermes du Mungo, en pays Balong. Juste la veille du jour où il devait être conduit à l’atroce et suprême supplice, Ndumbè Lobè, parvint de nuit, à gagner Bwadibô, sur la rive droite du fleuve. De là, il atteignit aisément l’île de Bota, au large de Victoria, dans la partie méridionale du pays. Farouche partisan de la présence allemande au Cameroun (certes après l’échec cuisant de ses multiples et pressantes démarches en ce sens auprès du gouvernement de Sa Majesté Britannique, entre 1864 et 1881)5, il ne retrouvera son trône et son royaume qu’avec le concours et l’appui de l’amiral allemand Knorr 6, quelques jours seulement avant l’arrivée des plénipotentiaires du Reich, venus parachever la négociation des termes du protectorat de leur au Cameroun. Durant tout le temps de son exil à Bota, le roi Ndumbè Lobè entretint une correspondance assidue avec le gouvernement allemand, par l’intermédiaire de l’agent Ed. Schmidt 7. L’histoire duala retient et admet dès lors, d’une manière générale, que c’est en partie grâce à la fuite du roi Bell devant l’arrêt de mort prononcé contre lui par le Ngondo, que le Cameroun doit d’avoir été protectorat allemand…
           Aux dires de certains chroniqueurs duala, le retour au pays du roi Bell se déroula pacifiquement sans que la canonnière « Möwe » à bord duquel il se trouvait eût à tirer le moindre coup de feu. Pour d’autres, le roi, désireux de se venger de ses ennemis conjurés, incita ses « alliés » allemands à user de représailles envers eux. L’amiral allemand Knorr eut alors à briser une forte résistance armée de la part de la coalition des Bonapriso et des Bonabéri qui prirent en otage et tuèrent un Allemand du nom de Hammer… Et QUE LES Allemands ne parvinrent à capturer Sôpô Priso Ekambi, le chef de l’armée des confédérés, surnommé Dimañ 8, qu’après qu’un traître leur eut dévoilé son secret. Il avait suffit – mais il avait fallu – raconte-t-on, centrer un obus vers l’astre du jour, pour pouvoir atteindre Sôpô Priso Ekambi, alias Dimañ, car, toujours selon la légende, c’était là son refuge (mythologique) le rendant invisible et indomptable. L’amiral Knorr fut chargé de protéger le roi Bell contre les foudres du Ngondo jusqu’à la signature des traités et plusieurs semaines encore après cette formalité. L’administration en place fit le reste, pour assurer la sécurité du roi tant qu’elle serait nécessaire, jusqu’au bout…
          Plus tard, le Ngondo déborda le cadre duala « stricto sensu » et devint l’assemblée traditionnelle de tous les côtiers du Cameroun. A présent, en est membre naturel et de droit, tout natif de la région du littoral camerounais.
          L’administration allemande, sans le dissoudre officiellement, mit néanmoins quelque peu le Ngondo sous l’éteignoir, en restreignant ses activités, surtout judiciaires, considérées alors comme contraires à la morale chrétienne. En fait, depuis l’arrivée des Allemands dans le pays jusqu’à ce jour, le Ngondo n’a plus rendu une seule sentence de mort. A propos de ses autres attributions, les Allemands durent raisonner ainsi : « Plus de Ngondo ! Pas de gouvernement parallèle ou concurrent ! Pas d’Etat dans l’Etat ! Au reste, ces gens ne nous ont-ils pas transmis la tonalité de leurs pouvoirs ? »
          Et pourtant, c’est le Ngondo qui s’était réuni sans désemparer, durant tout le mois de juin et pendant toute la première moitié de juillet 1884, aux fins de décider le peuple duala à accepter la présence allemande en renonçant à la préférence – inflexible – de certains de voir plutôt s’installer dans le pays une administration britannique ! Encore que la Couronne britannique elle-même eût déjà réservé une fin de non recevoir catégorique aux démarches réitérées de quelques chefs duala implorant son protectorat sur le pays…
          L’administration française, quant à elle, fit preuve de bienveillance et de bon sens en autorisant en 1949 la renaissance officielle du Ngondo, regardé comme un organe original d’entretient et de conservation des traditions du peuple. A une seule condition : c’est que ce mouvement ne puisse jamais avoir à sa tête qu’un seul chef traditionnel du pays. Et pour cause. Vous comprenez bien que c’était là l’une des exigences majeures de l’administration dite indirecte. Grâce aux excellentes relations qui existaient alors entre M. Raoul, chef de la région du Wouri à l’époque et le chef supérieur E. Betoté Akwa, le « réveil » du Ngondo s’en trouva facilité, d’autant que c’était le tour de ce chef d’en recevoir la direction, en remplacement du président sortant, le chef supérieur Lobè Bell. La présidence du Ngondo est en effet tournante entre les différents cantons duala tandis que les fonctions de secrétaire, également rotatives, sont assumées par un responsable pris dans un canton autre que celui dont est originaire le président en exercice. Dans les faits, cependant, pure théorie que cela ! Les deux personnes du président et du secrétaire du Ngondo demeurent immuables depuis leur installation en 1949. Pourquoi cela ? A Douala on vous répondra : « Ils conservent jusqu’ici la confiance du peuple entier… »  

 

Maurice DOUMBE-MOULONGO

samedi, 30 avril 2016 21:29

Origine du Ngondo

              Novembre 1949. Le Conseil de Tutelle de l’O.N.U. envoie au Cameroun sa toute première mission de visite. Entrée au territoire par Mora le 12 novembre, cette mission en sort par Douala, le 27 novembre 1949, emportant dans ses malles et valises près d’une centaine de pétitions recueillies au cours de sa traversée de notre vaste et beau pays. Au nombre de ces pétitions, il y eut celle du Ngondo. Qu’est-ce que le Ngondo ?
               C’est l’assemblée traditionnelle du peuple duala. Son existence est antérieure à l’arrivée, en1843, des premiers missionnaires à Douala. Son année de création peut se situer approximativement en 1830, soit une quinzaine d’années avant la mort, en juillet 1845, de Ngando a Kwa, roi des Akwa à l’époque. A Douala, en effet, l’on accorde à celui-ci l’honneur immortel d’être le « père » du Ngondo, et cela généralement.
                    Dans quelles circonstances fut fondée l’auguste organisation ? C’est ce que nous allons tenter d’établir.
                  Il y avait autrefois à Pongo, au Nord-Ouest de Douala, un colosse qui passait pour titan et qui semait la terreur les marchés périodiques. On l’appelait Malobè Etamè, ou Malobè tout court. Malobè commettait toutes sortes d’abus et d’exactions. Et ses principales victimes étaient les Duala stricto sensu.
               Dès que ce monstre apparaissait, le marché tout entier entrait en effervescence. On entendait alors crier de toutes parts : Malobè a o don ! Malobè a o don ! « Malobè est (là) au marché ! Malobè est (là) au marché ! » (sous-entendu : « Que chacun se tienne sur ses gardes ! » « Sauve qui peut ! »)
            Les principaux dignitaires des quatre clans duala, accompagnés de leurs notables, se réunirent afin de rechercher ensemble une solution satisfaisante à cette affaire d’honneur. A tout prix, il fallait réparer l’impardonnable offense.
             Cette assemblée du peuple reçut le nom de Ngondo, du même mot qui désigne en langue duala le cordon obolical reliant encore le nouveau né et sa mère, après la délivrance 1. De cette image, les Duala tirèrent l’idée du lien devant les unir dorénavant. Ainsi le Ngondo devint le symbole de leur unité, la concrétisation d’un front uni appelé à défendre l’honneur du peuple, aussi bien à l’intérieur qu’à l’étranger.
            Le même jour, les Duala délibérèrent pour choisir dans une proche banlieue du pays, un Bakoko de Japoma, nommé Engômga, comme leur vengeur (à gages) de l’outrage jusque-là subi aux marchés de Pongo, Engômga était lui-même un colosse très fort, doublé d’un sorcier. Les Duala provoquèrent entre lui et le titan de Pongo un duel à coups de poings. Engômga eut raison de Malobè. Il le maîtrisa, l’envoya à fond de câle d’une grande pirogue et le ligota solidement. Puis les Duala emmenèrent chez eux la terreur des marchés de Pongo, et le livrèrent aux… négriers. Pour toujours !
           Mais la mémoire de Malobè reste immortalisé dans le vers suivant d’une de ces innombrables improvisations des troubadours du littoral camerounais : Malobè a si wèli Engômga : « Malobè n’a pas su résister à Engômga ».
            On entend encore ce refrain au cours de maintes cérémonies traditionnelles des Camerounais de la côte, à travers les captivants grelots des tambours-parleurs, notamment lors des compétitions sportives sur le Wouri ainsi qu’à l’occasion de la lutte duala, à l’heure incomparable, plus que solennelle, où d’invincibles héros 2 font sur les cours poudreuses et ensoleillées de décembre, l’exhibition de leur force comme de leurs pagnes étincelants…
              On le retrouve dans plus d’un conte des habitants des rives du Wouri, du Mungo, de Abô et de la Sanaga. Enfin, le nom de Mabè est surtout demeuré célèbre dans les circonstances suivantes : dans ces contrées, lorsque quelqu’un se trouve en présence d’une épreuve ou d’une difficulté majeure, ou devant un de ces multiples cas embarrassants de la vie, ou devant les conséquences (fâcheuses) de ses propres actes, il est courant d’entendre les autres le plaindre et lui dire, parfois avec quelque pointe d’ironie : « Malobè a o don ». « Malobè est là ! » (Prenez vos dispositions, faites tout pour vous tirer d’affaire !).
                Voilà pour l’historique de la création du Ngondo, tel que nous l’ont fait quelques vieux Duala. Dans quelques années, les hommes de cette génération ne seront plus de se monde. Or, notre conviction profonde est que de très nombreux Duala de notre époque ne savaient pas jusqu’ici un seul mot de l’origine du Ngondo. Ce Ngondo sacré qui, hélas ! est devenu, de nos jours – par certains côtés seulement, il est vrai – l’occasion par excellence de festivités bachiques, de manifestations populaires truculentes, d’apparat grossier et vulgaire. Hélas !

 

Maurice DOUMBE-MOULONGO

samedi, 30 avril 2016 20:39

Le Savanna Botanic Garden

Le Savanna Botanic Garden (Saboga) est le plus grand jardin privé dans le pays, répartis sur 17,8 hectares de terres. Avec environ 260 espèces de plantes exotiques, le jardin a également à son actif un herbier, une pépinière, un verger, une ferme expérimentale. La forêt millénaire du Savanna Botanic Garden est un centre de révolution verte forêt, un village de la jungle et de nombreuses commodités fascinantes. Ses fleurs ornementales et sa végétation naturelle spectaculaire rayonnent une lueur supplémentaire sur ses environs. Il est utilisé principalement pour la conservation, la recherche et les loisirs et en ce qui concerne ses activités, elles débouchent sur l'horticulture, l'aménagement paysager, intérieur et le décor extérieur. Les endroits les plus attrayants du jardin ont été identifiés comme ses magnifiques antiquités et le monument du village global qui porte des messages inspirants. Dans le jardin, il y a le village de la jungle qui dépeint la culture africaine, Gethsémani qui a le double objectif d'être un espace de retraite et un centre de méditation, sans oublier le village emblématique Bantu. Le Saboga dispose également d'un restaurant, d'un complexe sportif et offre des services d'hébergement pour les visiteurs de Bafut et les zones voisines. Il est une destination irrésistible pour les amateurs de la flore. Venez admirer la magnificence de la nature et l'expérience de sa capacité thérapeutique.

samedi, 30 avril 2016 19:44

Les chutes de Tello

Les chutes de Tello sont l’une des principales curiosités naturelles de la région de l’Adamaoua. Différentes de celles d’Ekom Nkam ou de la Lobé, elles sont aussi emblématiques et méritent véritablement le détour. Leur particularité réside dans la table rocheuse interrompant brutalement la tranquille rivière Tello qui se retrouve précipitée entre environ 45 mètres plus bas. Cette originalité géologique est assez remarquable car elle a crée une caverne naturelle d’un volume impressionnant à l'arrière des chutes. Un chemin et des bancs ont été aménagés pour admirer le spectacle depuis ce point de vue. Le site est bien aménagé et accessible pour tous grâce à la construction d’escaliers avec balustrade. Un boukarou en dur a été construit et permet d’admirer les chutes dans toute leur splendeur. Cette étape est idéale pour une pause pique-nique en famille. La visite en saison des pluies est recommandée même si elle complique un peu l’accès en véhicule.
Pour y accéder : A partir de Ngaoundéré, prendre la D21 de Bélel via Mbalang. C’est une piste assez praticable qui ne nécessite pas l’utilisation d’un 4×4 en saison sèche. Après 45 Km et environ 1 heure 30 de piste, la direction des chutes est indiquée par un panneau. 2 km de piste vous permettent d’accéder à une zone aménagée avec parking et un boukarou. En saison des pluies l’usage d’un 4×4 est plus que recommandé, notamment pour les deux derniers kilomètres avec la traversée à gué d’un cours d’eau incontournable.

samedi, 30 avril 2016 19:39

Les chutes Nachtigal

Une des deux chutes importantes sur la Sanaga, elles ont été découvertes par Gustav Nachtigal en 1884 lors de sa mission d’exploration du Cameroun. En fait se sont de gros rapides plutôt que des chutes telles qu’on les retrouve ailleurs au Cameroun.
A environ une heure de route de Yaoundé, c’est un site qui peut être visité dans la journée. A voir également le bac sur la Sanaga qui permet de poursuivre sa route vers Ntui et Tibati.
Il faut mieux faire la visite en saison sèche afin de pouvoir accéder plus facilement aux rives de la Sanaga car autrement elles sont inondées et il devient alors très difficile de voir les chutes. L’accès par le fleuve à partir du bac est plus simple mais les pirogues sont assez instables et il n’est pas rare d’en voir chavirer une de temps en temps. Vous trouverez sans difficulté un guide qui vous mènera jusqu’au bord de la Sanaga.
Pour y accéder : Avec l’avancement des travaux de bitumage de la route Obala – Nanga Eboko – Bertoua, l’accès est relativement aisé puisque jusqu’à Batchenga, la route est très praticable. Il faut alors prendre la piste direction Ntui et le bac sur la Sanaga sur 6 kilomètres. A 1 kilomètre avant d’arriver à la rivière, vous apercevrez un panneau du ministère du tourisme indiquant la direction des chutes. Attention, le panneau est souvent caché par la végétation et accuse déjà un certain âge. Pour approcher des chutes, il faut ensuite faire le chemin à pied sur environ 500 mètres. La moitié peut se faire en 4 x 4 mais la piste est plus que sommaire. Vous pouvez également prendre une pirogue au niveau du bac qui vous amènera au pied des chutes. Prix à négocier. Pour information, la traversée avec le bac coûte 500 FCFA.

samedi, 30 avril 2016 19:34

Les chutes de Mpoumé

Vous pourrez faire une ballade jusqu’aux chutes de Mpoumé sur le Nyong. Ce sont plus des rapides que des chutes. Le 4X4 est indispensable pour s’y rendre. En effet la piste est assez défoncée mais très belle cependant car bordée de fromagers. Il est également conseiller de se faire accompagner d’un guide car la piste ne va pas jusqu’aux chutes, il faut terminer à pieds sur une distance de 2 km environ.
Pour y accéder : En venant de Yaoundé prendre la direction de Ngoumou sur la nouvelle route P8 juste après la station de pesage de Mbankomo. Arrivée à la commune de Ngoumou prendre la piste direction la gare. Suivre cette piste qui longe la voie ferrée jusqu’à Makak.